Lautresite, le jour, 14 juillet 03



Certainement des quantités phénoménales d'informations qui s'agrègent au fur et à mesure que le niveau du papier monte, mais qui deviennent proportionnellement moins accessibles au fur et à mesure que s'accroît le désordre. Une journée donc, passée à ranger, répertorier, classer, jeter. Au temps de perdu correspondra autant de gagné en efficacité, en clarté, en espace. À moins que ce ne soit l'inverse, et qu'au temps de gagné corresponde autant de perdu que le rangement et le triage ont cloisonné dans des espaces distincts, annihilant ainsi les potentielles interactions créatrices. Les théories peuvent diverger, les méthodes de travail aussi.
La moitié des fax arrivés pendant mon absence sont en double exemplaires. Quatre jours hors les murs ont leur bénignes conséquences. Mais outre le fait qu'il compresse inexorablement le temps, le télécopieur comme son nom l'indique d'ailleurs, ne transmet pas un document mais seulement sa copie. À chaque transmission le nombre d'exemplaires se multiplie et selon le principe de reproduction d'un cancer ou d'une gangrène, le papier matérialise l'entropie de la civilisation informationnelle. Dans ces conditions j'hésite à commencer une nouvelle page, et transmets tout de suite celle-ci à Paul. Par fax, cela va de soi.

Correspondances, 10, Paul à Nicolas.
Mercredi 10 avril 1996. Brown, le Secrétaire d'Etat américain au Commerce, s'est écrasé voici quelques jours avec cet avion de l'IFOR, qui transportait hommes d'affaires et d'équipage, sur les montagnes surplombant Dubrovnik. J'apprends par Feral Tribune, cet hebdomadaire satirique croate, que Ron Brown n'est pas mort du tout puisque dès son atterrissage, il accordait une interview à un journal local. La presse croate qui fait parler les morts n'a rien à craindre des foudres de son gouvernement. Elles sont réservées à ceux qui révèlent que les morts parlent, que les ministres mentent et que les journaux trompent.