Certainement des quantités phénoménales
d'informations qui s'agrègent au fur et à mesure que le
niveau du papier monte, mais qui deviennent proportionnellement moins
accessibles au fur et à mesure que s'accroît le désordre.
Une journée donc, passée à ranger, répertorier,
classer, jeter. Au temps de perdu correspondra autant de gagné
en efficacité, en clarté, en espace. À moins que
ce ne soit l'inverse, et qu'au temps de gagné corresponde autant
de perdu que le rangement et le triage ont cloisonné dans des
espaces distincts, annihilant ainsi les potentielles interactions créatrices.
Les théories peuvent diverger, les méthodes de travail
aussi.
La moitié des fax arrivés pendant mon absence sont en
double exemplaires. Quatre jours hors les murs ont leur bénignes
conséquences. Mais outre le fait qu'il compresse inexorablement
le temps, le télécopieur comme son nom l'indique d'ailleurs,
ne transmet pas un document mais seulement sa copie. À chaque
transmission le nombre d'exemplaires se multiplie et selon le principe
de reproduction d'un cancer ou d'une gangrène, le papier matérialise
l'entropie de la civilisation informationnelle. Dans ces conditions
j'hésite à commencer une nouvelle page, et transmets tout
de suite celle-ci à Paul. Par fax, cela va de soi.
Correspondances, 10, Paul à Nicolas.
Mercredi 10 avril 1996. Brown, le Secrétaire d'Etat américain
au Commerce, s'est écrasé voici quelques jours avec cet
avion de l'IFOR, qui transportait hommes d'affaires et d'équipage,
sur les montagnes surplombant Dubrovnik. J'apprends par Feral Tribune,
cet hebdomadaire satirique croate, que Ron Brown n'est pas mort du tout
puisque dès son atterrissage, il accordait une interview à
un journal local. La presse croate qui fait parler les morts n'a rien
à craindre des foudres de son gouvernement. Elles sont réservées
à ceux qui révèlent que les morts parlent, que
les ministres mentent et que les journaux trompent.