J'ai vu de mes yeux un observateur de
génocide. Lui aussi dit que quand la nuit tombe, on ne voit plus.
C'est un observateur qui lorsqu'on ne voit plus rien ne voit plus rien.
Ce qui serait inouï, c'est ce dialogue presque télégraphique
: le Témoin : " Les soldats de la garde présidentielle
sont arrivés pour commencer le travail ", le Président
: "Le travail ?", le Témoin : "Tuer, éliminer",
le Président : "Nettoyer ?", le Témoin : "Nettoyer".
On mande de Butare qu'on nettoie, qu'on assainit, qu'on purifie. Sept
années plus tard, la nouvelle est arrivée à Bruxelles,
Non, je corrige : elle n'y est pas arrivée, elle y est revenue.
Texte écrit à l'occasion du procès des quatre
de Butare, à Bruxelles, pour RCN.
Verbatim, 6.
Ce que les guerres nous apprennent, ce n'est pas à faire moins
la guerre. La guerre n'est pas la maladie quand la paix serait la bonne
santé. Aussi bien, la paix serait peut-être cet espace
d'invention offert aux peuples et aux populations pour retarder le plus
possible le surgissement de la guerre suivante. À partir de là,
nous pouvons composer.
Correspondances, 9, Nicolas à Paul.
Mardi 9 avril 1996, Bruxelles. Bureau. Retour au boulot. Un espace de
55 mètres cubes. Certes avec un téléphone qui m'a
permis dans la journée de converser avec Paris, de discuter avec
Strasbourg, de planifier avec Genève, de me renseigner à
Prague, de discuter avec Naples et de négocier avec Washington.
Aussi des armoires, bourrées de classeurs qui portent des noms
de pays où je travaille, de projets sur lesquels j'élucubre
ou je cogite. En bref, et en n'oubliant pas l'ordinateur et sa connection
Internet, une brique du grand édifice du monde de l'information.
Des montagnes de papiers — et ceux qui ont déjà
vu un de mes bureaux savent qu'il ne s'agit hélas pas d'une métaphore
— produit de plusieurs semaines débordantes d'activités.