Lautresite, le jour, 14 juillet 03



J'ai vu de mes yeux un observateur de génocide. Lui aussi dit que quand la nuit tombe, on ne voit plus. C'est un observateur qui lorsqu'on ne voit plus rien ne voit plus rien. Ce qui serait inouï, c'est ce dialogue presque télégraphique : le Témoin : " Les soldats de la garde présidentielle sont arrivés pour commencer le travail ", le Président : "Le travail ?", le Témoin : "Tuer, éliminer", le Président : "Nettoyer ?", le Témoin : "Nettoyer". On mande de Butare qu'on nettoie, qu'on assainit, qu'on purifie. Sept années plus tard, la nouvelle est arrivée à Bruxelles, Non, je corrige : elle n'y est pas arrivée, elle y est revenue. Texte écrit à l'occasion du procès des quatre de Butare, à Bruxelles, pour RCN.

Verbatim, 6.
Ce que les guerres nous apprennent, ce n'est pas à faire moins la guerre. La guerre n'est pas la maladie quand la paix serait la bonne santé. Aussi bien, la paix serait peut-être cet espace d'invention offert aux peuples et aux populations pour retarder le plus possible le surgissement de la guerre suivante. À partir de là, nous pouvons composer.

Correspondances, 9, Nicolas à Paul.

Mardi 9 avril 1996, Bruxelles. Bureau. Retour au boulot. Un espace de 55 mètres cubes. Certes avec un téléphone qui m'a permis dans la journée de converser avec Paris, de discuter avec Strasbourg, de planifier avec Genève, de me renseigner à Prague, de discuter avec Naples et de négocier avec Washington. Aussi des armoires, bourrées de classeurs qui portent des noms de pays où je travaille, de projets sur lesquels j'élucubre ou je cogite. En bref, et en n'oubliant pas l'ordinateur et sa connection Internet, une brique du grand édifice du monde de l'information.
Des montagnes de papiers — et ceux qui ont déjà vu un de mes bureaux savent qu'il ne s'agit hélas pas d'une métaphore — produit de plusieurs semaines débordantes d'activités.