Lautresite, le jour, 14 juillet 03



Peur qu'elle ne s'enclave elle-même, qu'elle ne soit sa meilleure prison, qu'elle ne se refuse finalement à l'exercice laborieux de la liberté. Il est également possible de ne pas croire que l'Europe soit assez entêtée et persistante pour garantir les changements —décidés et timides— que ce pays, comme d'autres, affronte. On peut craindre, en effet, que notre vision de l'Est relève aujourd'hui encore d'une supposition et d'une présomption — la supposition d'un échec, le leur ; et la présomption d'un triomphe, le nôtre — fondées sur une inconséquence historique et une méconnaissance politique calamiteuses. La Roumanie n'a pas échappé à ce désastre orgueilleux. Pourquoi n'avons-nous pas réussi - nous, Européens riches, provenant de pays démocratiquement développés, aux institutions stables et aux traditions vénérables - à proposer une alternative crédible à la barbarie, au capitalisme sauvage et aux dérives mafieuses qui sont, semble-t-il, un baromètre fiable de l'évolution des pays d'Europe Centrale et Orientale ? Justifions-nous en effet de quelque vision politique, de quelque programme économique, de quelque projet culturel qui nous rendent absolument indispensables aux citoyens albanais, ukrainiens, russes ou roumains ? Il y a trop de questions auxquelles nous devons répondre non.
On peut pourtant espérer encore pour la Roumanie.
Les cinq années qui viennent de passer, finalement, c'est Ceausescu divisé par cinq, le communisme par neuf. Il est conseillé de brider ses impatiences. Car il se pourrait que notre manque d'allant repose sur une confusion. Habitués que nous sommes désormais aux emballements de l'histoire, nous prenons ses lenteurs pour des arrêts et ses modérations pour des regrets. Il n'est pourtant pas de démocratie qui s'établisse durablement sur des précipitations et des emportements.
Il n'est alors pas interdit d'être optimiste. En Roumanie, le pire est simplement un peu moins jamais sûr qu'ailleurs. C'est une terre où le malheur a su faire son nid.