Car ceux que nous nommons existent,
même dans leur oraison. En 1989, nous avions préservé
des villages de la systématisation en citant leurs noms à
la radio : la litanie des toponymes répétés et
martelés par les radios émettant vers la Roumanie avait
suffi à faire taire le silence. Cette résistance que je
nous connais envers cet humanitaire spécialiste de l'état
d'urgence — et cette incompréhension que nous cultivons
avec lui—, je me demande même si elle ne vient pas de là
: du choix que nous avons fait, dès les débuts d'OVR,
de nous installer dans la civilisation de l'écrit. On nous a
reproché cent fois de ne pas montrer —je signale, sans
que cela représente à mes yeux un paradoxe, que l'exacte
moitié d'entre nous pratiquaient alors des métiers de
l'image : photographes, graphistes ou designers — et cent fois
nous avons écrit, édité et publié choisissant,
on nous l'a dit, une possible mise en péril de nos objectifs.
En réalité, nous avons mobilisé partout, beaucoup
et très vite par l'effet seul du discours — en décembre
1989, on comptait près de trois mille communes européennes
dans le réseau OVR —, comptables que nous étions
d'une mémoire dont nous savions bien qu'elle avait fait les frais
déjà de falsifications, de trucages et de photomontages.
Nous avions, en revanche, une confiance forcenée en nos mots.
Nous restons, je le pense, des gens d'imprimerie qui aimons quand le
monde sent l'encre et le papier.
A suivre