Lautresite, le jour, 10 juillet 03



C'est là que notre société devrait plutôt demander au monde rural un service, non pas en se tournant vers lui pour aménager son territoire, mais en y cherchant des recettes ailleurs perdues pour aménager son temps.
Et si dans l'Europe on se préoccupait également un peu moins d'aménager le territoire, géographique, institutionnel, normatif ou virtuel, pour un peu plus s'intéresser au temps, humain, vécu, culturel, libre ou perdu.

Correspondances, 8, Paul à Nicolas.

Lundi 8 avril 1996. Bien entendu les œufs sont arrivés dans les jardins. Les enfants courent. Impossible désormais de ne pas se demander ce qu'il y a dans un œuf. La salmonellose a l'air d'être passée de mode. Incidemment, j'apprends qu'on nourrit aussi les poules avec de la viande de poule. Quelle importance si les poissons s'alimentent bien de chairs naufragées.
Autrement, l'on commémore. Sarajevo, quatre ans, commémoration. Tchernobyl, dix ans, commémoration. Rwanda, deux ans, commémoration. Plus un jour qui soit un non-anniversaire. Comme s'il s'agissait de retarder indéfiniment une maladie d'Alzeimher qui guetterait les citoyens surinformés. Alors les journalistes journalisent, contextent, expliquent, historisent. Toujours cette fonction expiatoire, cette façon d'inaugurer les chrysanthèmes en fermant la bouche des morts. J'ai déjà dit, ailleurs, l'hypocrisie qu'il y avait dans ces mots : "Plus jamais ça" que chacun devrait remplacer, toutes affaires cessantes, par "Plus jamais moi". Non, plus jamais je ne m'habituerai, je n'admettrai, je ne serai complice d'un "ça". Cette responsabilité n'est pas de saison au moment où chacun guette l'importance d'un soleil renaissant qui fait sortir des maisons les gens, leurs enfants, leurs soucis.