et fumants, là pour pomper l'eau
en direction de serres, ici pour plus vite retourner la terre.
Lorsque deux paysans discutent, il y a toujours un — si ce n'est
deux — moteur(s) de tracteur(s) qui gazole(nt) tranquillement,
enfumant en proportion. Autour, un impressionnant bric-à-brac
jonche les remises, hangars - souvent de peu esthétiques assemblages
de tôles — voire les alentours d'un point d'eau —
une vieille baignoire parfois, un quelconque contenant métallique
rouillé le plus souvent — ou des habitations. C'est que
la nature est dure et imprévisible, et on ne sait pas ce qu'il
va falloir mobiliser comme énergie et outils demain pour lui
faire entendre la raison de l'homme. Alors on conserve, on accumule,
on adapte aux besoins ; ici un moteur de vieux camions devenu le cœur
d'un système d'irrigation, là une carcasse de voiture
métamorphosée en poulailler. Certes, vue d'avion, une
campagne agricole présente une harmonie plaisante, de champs
aux formes géométriques plus ou moins claires, jaunes,
brunes, vertes, entrecoupées de bosquets d'arbres et de quelques
habitations clairsemées. Mais il faut descendre les pieds sur
terre pour apercevoir que ce qui de haut paraît comme un bel agencement,
n'est qu'un fatras de solutions bricolées et non un aménagement.
Mais ce que l'on rate vraiment ce n'est pas cette anarchie, somme toute
revigorante, du territoire, ce sont ces femmes et ces hommes qui se
parlent, pour prendre des nouvelles, pour arranger ensemble une opération
compliquée, pour négocier le prêt d'un outil ou
de son temps, pour échanger. Ce que l'on sait encore aménager
dans les campagnes et que l'on a perdu dans les autres modes d'occupation
du territoire, c'est le temps. Le temps de la discussion, les temps
de travail.