Lautresite, le jour, 10 juillet 03



et fumants, là pour pomper l'eau en direction de serres, ici pour plus vite retourner la terre.
Lorsque deux paysans discutent, il y a toujours un — si ce n'est deux — moteur(s) de tracteur(s) qui gazole(nt) tranquillement, enfumant en proportion. Autour, un impressionnant bric-à-brac jonche les remises, hangars - souvent de peu esthétiques assemblages de tôles — voire les alentours d'un point d'eau — une vieille baignoire parfois, un quelconque contenant métallique rouillé le plus souvent — ou des habitations. C'est que la nature est dure et imprévisible, et on ne sait pas ce qu'il va falloir mobiliser comme énergie et outils demain pour lui faire entendre la raison de l'homme. Alors on conserve, on accumule, on adapte aux besoins ; ici un moteur de vieux camions devenu le cœur d'un système d'irrigation, là une carcasse de voiture métamorphosée en poulailler. Certes, vue d'avion, une campagne agricole présente une harmonie plaisante, de champs aux formes géométriques plus ou moins claires, jaunes, brunes, vertes, entrecoupées de bosquets d'arbres et de quelques habitations clairsemées. Mais il faut descendre les pieds sur terre pour apercevoir que ce qui de haut paraît comme un bel agencement, n'est qu'un fatras de solutions bricolées et non un aménagement.
Mais ce que l'on rate vraiment ce n'est pas cette anarchie, somme toute revigorante, du territoire, ce sont ces femmes et ces hommes qui se parlent, pour prendre des nouvelles, pour arranger ensemble une opération compliquée, pour négocier le prêt d'un outil ou de son temps, pour échanger. Ce que l'on sait encore aménager dans les campagnes et que l'on a perdu dans les autres modes d'occupation du territoire, c'est le temps. Le temps de la discussion, les temps de travail.