Lautresite, le jour, 9 juillet 03


Les premiers articles paraissent — on prévoit la conférence internationale des pays donateurs des 12 et 13 avril prochains à Bruxelles — qui s'offusquent du fait qu'une fois encore, les promesses n'aient pas été tenues. Pourquoi le seraient-elles, d'ailleurs ?
À quelque égard, notre rapport à la démocratisation des pays de l'Est ressemble peu ou prou aux grandes entreprises de façadisme dans lesquelles une ville que je connais assez bien, Bruxelles, est passée maître. Les programmes, pourtant, ont été nombreux, l'argent dégagé important, les acquis incontestables. Mais, comment dire, ceci a été fait par devoir ou intérêt plus que par désir et volonté. On ne voit toujours pas aujourd'hui en quoi les citoyens des rives du Mures, de la Drava ou de la Vistule auraient quoi que ce soit en commun avec ceux de la Sure, du Rhône ou du Devon. Cela reste inquiétant. Aussi sommes-nous un certain nombre à chercher aujourd'hui nos chemins de Compostelle, nos cathédrales, nos universités. Bref, sous la carte, nous cherchons l'Europe. Et dans l'Europe ses bâtisseurs.
Se pourrait-il, ainsi que le suppose l'architecte Daniel Staelens, que nous soyons traditionnellement rétifs à la gestion du monde et que nous ne sachions, en définitive, ne faire qu'une chose : le reconstruire après l'avoir détruit ? Ces siècles derniers nous ont fourni assez d'occasions, il est vrai, pour ce qui est de relever des gravats et de raser les ruines. Aucun d'entre eux ne nous aura cependant, à voir ce qui ne se passe pas, appris à apprendre. Au bout d'un moment, la machine deviendrait en quelque sorte folle de ne plus pouvoir ni savoir créer sur des décombres. Corruption, élitisme et prébendes — en tant que perversions des systèmes où l'administratif tient lieu de législatif — seraient alors les corollaires de cette lassitude rénovatrice.