Les premiers articles paraissent — on prévoit
la conférence internationale des pays donateurs des 12 et 13
avril prochains à Bruxelles — qui s'offusquent du fait
qu'une fois encore, les promesses n'aient pas été tenues.
Pourquoi le seraient-elles, d'ailleurs ?
À quelque égard, notre rapport à la démocratisation
des pays de l'Est ressemble peu ou prou aux grandes entreprises de façadisme
dans lesquelles une ville que je connais assez bien, Bruxelles, est
passée maître. Les programmes, pourtant, ont été
nombreux, l'argent dégagé important, les acquis incontestables.
Mais, comment dire, ceci a été fait par devoir ou intérêt
plus que par désir et volonté. On ne voit toujours pas
aujourd'hui en quoi les citoyens des rives du Mures, de la Drava ou
de la Vistule auraient quoi que ce soit en commun avec ceux de la Sure,
du Rhône ou du Devon. Cela reste inquiétant. Aussi sommes-nous
un certain nombre à chercher aujourd'hui nos chemins de Compostelle,
nos cathédrales, nos universités. Bref, sous la carte,
nous cherchons l'Europe. Et dans l'Europe ses bâtisseurs.
Se pourrait-il, ainsi que le suppose l'architecte Daniel Staelens, que
nous soyons traditionnellement rétifs à la gestion du
monde et que nous ne sachions, en définitive, ne faire qu'une
chose : le reconstruire après l'avoir détruit ? Ces siècles
derniers nous ont fourni assez d'occasions, il est vrai, pour ce qui
est de relever des gravats et de raser les ruines. Aucun d'entre eux
ne nous aura cependant, à voir ce qui ne se passe pas, appris
à apprendre. Au bout d'un moment, la machine deviendrait en quelque
sorte folle de ne plus pouvoir ni savoir créer sur des décombres.
Corruption, élitisme et prébendes — en tant que
perversions des systèmes où l'administratif tient lieu
de législatif — seraient alors les corollaires de cette
lassitude rénovatrice.