Lautresite, le jour, 9 juillet 03



Le froid qui mord pousse par moments à se demander si ce que le grand feu dans la cheminée produit le mieux n'est pas cette odeur de fumée, qui colle si obstinément aux cheveux, aux vêtements. La réponse vient alors d'elle-même, ce n'est ni la tiédeur, ni la fumée, mais cette lumière dont la richesse naît de l'inconstance. Elle anime les poutres du plafond et chaque pierre des murs, prodiguant une chaleur qui, pour ne pas être physique, n'en n'est pas moins agréable.
Cela fonctionne ainsi dans l'ensemble aussi bien qu'un autre procédé. À tel point qu'hier soir en discutant, nous nous demandions si, bien utilisé, un kilo de bois n'équivaut pas un kilowattheure. Probablement que la logique marchande dans laquelle nous baignons rend cette comparaison absurde, intenable, dans la mesure où le kilodebois deviendrait autant que le kilowattheure objet de commerce. Leurs prix pourraient alors être équivalents, ou différents, sans relation avec leurs pouvoirs énergétiques réels. Il faudrait alors définir de quelle égalité nous parlons ce qui, somme toute, nous est bien égal, car il ne s'agit là que de l'arbre qui cache une forêt de questions, sur lesquelles ce séjour greffe de nouveaux bourgeonnements. Mais l'esprit aussi doit mûrir et pour ce soir, le champ des questions restera en friche pendant que, comme dans la chanson et pour alimenter le feu, nous allons tous au bois.

Correspondance, 6, Paul à Nicolas.

Samedi 6 avril 1996. Alors, il paraît que l'on s'impatiente à Sarajevo ? Que la reconstruction de la Bosnie reste lettre morte ?