Lautresite, le jour, 9 juillet 03



Reprise, 4.
Relativement à la situation politique d'un certain nombre de ces pays dits hier encore de l'Est, une des choses qui n'est pas assez comprise — et quand elle l'est, peu tenue en compte tant on ne sait quoi faire de ce gênant paradoxe — est que nous avons affaire à des pays où les peuples sont nationalistes et les populations ultralibérales. Des pays dont les habitants nous disent tout à la fois qu'ils souhaitent devenir enfin nos pareils mais qu'ils veulent rester d'abord leurs semblables. Devenir nos pareils dans l'idée qu'ils se font de la consommation, du bien-être et de la croissance. Rester d'abord leurs semblables dans ce quoi ils estiment pouvoir se reconnaître : une image idéalisée d'eux-mêmes sur laquelle le totalitarisme ne serait pas passé et qui serait naturellement conductrice de liberté et d'identité. En Roumanie, tout le mouvement autour de Romania Mare ou de Vatra Romaneasca se nourrit de cette culture de la différence, toute pétrie de nostalgie, de regret et de passéisme qui sent son Pétain et se comporte avec l'étranger comme la reine de Blanche Neige avec son miroir : pour se convaincre d'être meilleure et plus belle.

Correspondances, 5, Nicolas à Paul.

Vendredi 5 avril, Bornoch, Belle-île en Mer. Au bois. Tout au bois. Sur une île, cela peut paraître paradoxal, d'autant qu'il ne s'agit pas de cocotiers langoureusement inclinés sur une plage de sable fin. Non que les plages fassent défaut sur cette belle-île, mais parce qu'il s'agit de bois pour se chauffer, pour cuire quelques mets. Mais le plus extraordinaire est le coucher, dans la fragile chaleur de la pièce.