Reprise, 4.
Relativement à la situation politique d'un certain nombre de
ces pays dits hier encore de l'Est, une des choses qui n'est pas assez
comprise — et quand elle l'est, peu tenue en compte tant on ne
sait quoi faire de ce gênant paradoxe — est que nous avons
affaire à des pays où les peuples sont nationalistes et
les populations ultralibérales. Des pays dont les habitants nous
disent tout à la fois qu'ils souhaitent devenir enfin nos pareils
mais qu'ils veulent rester d'abord leurs semblables. Devenir nos pareils
dans l'idée qu'ils se font de la consommation, du bien-être
et de la croissance. Rester d'abord leurs semblables dans ce quoi ils
estiment pouvoir se reconnaître : une image idéalisée
d'eux-mêmes sur laquelle le totalitarisme ne serait pas passé
et qui serait naturellement conductrice de liberté et d'identité.
En Roumanie, tout le mouvement autour de Romania Mare ou de Vatra Romaneasca
se nourrit de cette culture de la différence, toute pétrie
de nostalgie, de regret et de passéisme qui sent son Pétain
et se comporte avec l'étranger comme la reine de Blanche Neige
avec son miroir : pour se convaincre d'être meilleure et plus
belle.
Correspondances, 5, Nicolas à Paul.
Vendredi 5 avril, Bornoch, Belle-île en Mer. Au bois. Tout au
bois. Sur une île, cela peut paraître paradoxal, d'autant
qu'il ne s'agit pas de cocotiers langoureusement inclinés sur
une plage de sable fin. Non que les plages fassent défaut sur
cette belle-île, mais parce qu'il s'agit de bois pour se chauffer,
pour cuire quelques mets. Mais le plus extraordinaire est le coucher,
dans la fragile chaleur de la pièce.