Lautresite, le jour, 7 juillet 03


Distinguer un Belge d'un Irlandais, un Catalan d'un Hongrois, un Bavarois d'un Sicilien, un Luxembourgeois d'un Grec autrement que par l'étiquette qu'ils arborent sur leur veston dans une réunion. Les distinguer par les sensibilités différentes qu'ils expriment, des attitudes caractéristiques, des manières de s'habiller —n'en déplaise à Messieurs Benetton, Heinz ou Morris. Pour combien de temps encore ? Ce qui fait la saveur des jambons ne pourrait-il pas être bon pour les Européens ? Et moi, toujours parmi le troupeau des transhumeurs. Humeurs d'Europes.

Correspondances, 2, Paul à Nicolas.
Mardi deux avril 1996. A cette époque d'équarissage pour tous, je crains qu'il convienne d'ajouter le nom de Hans Koschnick, victime d'un épuration ethnique qu'il n'a pas su juguler et d'un découpage électoral qu'il n'a pas pu imposer. Bien peu l'auront appris, sauf à porter attention aux insignifiances : Koschnick, l'administrateur européen, a quitté Mostar aujourd'hui. Je vais dire, très vite, que son départ incarne une défaite nouvelle de l'Europe. Je n'en dirai guère plus à propos de l'homme — il fut maire de Brême qui a été, on l'oublie, une Ville-État et qui compta, on le sait plus, au nombre des villes détruites de la deuxième guerre — et rien de très engageant à propos de la fonction. Que dire, en effet, du Mostar européen ? Que dire d'une ville où seule la laideur tient debout ? Cela aura sans doute été notre principal échec, de n'avoir pas su restaurer la beauté. À propos de Mostar justement, je lisais tout à l'heure Predrag Matvejevitch — ce grand écrivain en est originaire — , il précise que Mostar ne veut pas simplement dire "Vieux Pont", je le savais, mais aussi "Gardien du Pont ", je l'ignorais. Marina me signale par ailleurs que le prénom Predrag se traduit par "Très cher, très précieux à mon cœur".