Lautresite, le jour, 7 juillet 03


Celui qui tient le pouvoir en Roumanie est fou : nous n'avons donc aucune prise. Par contre, ce qui vient de se passer en RDA, en Pologne ou en Bulgarie n'a pas été décrété fou mais simplement inimaginable. La sémantique annonce une difficulté politique. Elle la souligne. Mais si l'institution préfère arpenter des chemins balisés, la société civile, elle, n'en n'a cure. Elle n'aime rien tant que le bras de fer avec l'impossible. Etait-il raisonnable de penser, il y a neuf mois à peine, que 2200 communes d'une dizaine de pays européens — soit environ 30 millions d'individus — se mobiliseraient pour faire pièce au "plan de systématisation" rural qui menace la moitié des villages roumains ? Et pourtant, cela s'est passé, cela se passe, cela se passera encore tant que les autorités roumaines n'auront pas renoncé explicitement à leurs projets. Aujourd'hui, la Norvège a rejoint l'Opération, demain la Pologne (oui) et l'Italie feront de même. Ce que pense la société civile c'est que Rome n'est plus dans Rome et qu'il est nécessaire que le devoir d'ingérence devienne un réflexe démocratique.
Précisément, pour ce qui concerne l'action humanitaire entamée avec l'Opération Villages Roumains, nous pouvons avoir certains apaisements. Ce mouvement de pression international conjugué à d'évidentes difficultés économiques réussit à freiner considérablement le processus de systématisation. Un très récent rapport de mission de l'Unesco soulignait tout ce qu'il y a encore d'alarmant dans la situation du patrimoine roumain. Mais nous pouvions y lire aussi que ce n'est "nullement s'ingérer dans les décisions d'un Etat souverain que des particuliers et des institutions puissent se soucier du sort d'un patrimoine culturel partie intégrante du patrimoine universel".