Celui qui tient le pouvoir en Roumanie est fou
: nous n'avons donc aucune prise. Par contre, ce qui vient de se passer
en RDA, en Pologne ou en Bulgarie n'a pas été décrété
fou mais simplement inimaginable. La sémantique annonce une difficulté
politique. Elle la souligne. Mais si l'institution préfère
arpenter des chemins balisés, la société civile,
elle, n'en n'a cure. Elle n'aime rien tant que le bras de fer avec l'impossible.
Etait-il raisonnable de penser, il y a neuf mois à peine, que
2200 communes d'une dizaine de pays européens — soit environ
30 millions d'individus — se mobiliseraient pour faire pièce
au "plan de systématisation" rural qui menace la moitié
des villages roumains ? Et pourtant, cela s'est passé, cela se
passe, cela se passera encore tant que les autorités roumaines
n'auront pas renoncé explicitement à leurs projets. Aujourd'hui,
la Norvège a rejoint l'Opération, demain la Pologne (oui)
et l'Italie feront de même. Ce que pense la société
civile c'est que Rome n'est plus dans Rome et qu'il est nécessaire
que le devoir d'ingérence devienne un réflexe démocratique.
Précisément, pour ce qui concerne l'action humanitaire
entamée avec l'Opération Villages Roumains, nous pouvons
avoir certains apaisements. Ce mouvement de pression international conjugué
à d'évidentes difficultés économiques réussit
à freiner considérablement le processus de systématisation.
Un très récent rapport de mission de l'Unesco soulignait
tout ce qu'il y a encore d'alarmant dans la situation du patrimoine
roumain. Mais nous pouvions y lire aussi que ce n'est "nullement
s'ingérer dans les décisions d'un Etat souverain que des
particuliers et des institutions puissent se soucier du sort d'un patrimoine
culturel partie intégrante du patrimoine universel".