Reprise, 2
Le Parti Communiste Roumain tient ces jours-ci, à Bucarest, son
14ème Congrès dans une Roumanie cadenassée, affamée,
maltraitée. Bucarest est sous état de siège, les
plus célèbres dissidents poursuivent des grèves
de la faim, les frontières sont filtrées. N'y a-t-il rien
de nouveau à l'est de l'Est ? Ces derniers jours, cinq partis
clandestins ont fait leur apparition. Ils ne pèsent pas tous
du même poids. Mais l'arrivée d'un Front réformiste
du Parti Communiste Roumain ou d'un Front du Salut National appelant
de leurs vœux la non-réélection de Nicolae Ceausescu
évoque quelque espoir. Quelque chose bougerait à l'intérieur
même du Parti. Hélas, rien de comparable avec les Forums,
les syndicats libres, les mouvements d'opposition qui ont ébranlé
les pays voisins.
Le 14ème Congrès ouvre grand le champ des supputations.
De la démission du président à sa réélection
jusqu'au-boutiste, de la constitution d'un axe dur "Roumanie-Chine-Corée
du Nord" à la sortie de la Roumanie de son alliance militaire,
de la jacquerie aux grèves en cascade, on peut tout imaginer.
La Roumanie sera-t-elle le seul des pays européens où
le changement paiera le prix du sang ? Nous pouvons le craindre. Car,
à la fin, la question est bien celle-ci : comment fait-on pour
tuer un cadavre ? Ceausescu et son stalinisme sont morts et seul le
Génie des Carpates l'ignore. Mais les Roumains savent qu'ils
vivent désormais à l'heure folle des morts vivants. Le
recours à l'adjectif fou — parlant de Ceausescu —
n'est d'ailleurs pas raisonnable. Il n'y a pas de meilleure justification
politique à une non-intervention que de décréter
"folle" telle ou telle situation. Ce qui se passe au Liban
est devenu fou : nous n'avons donc plus à nous en soucier.