Lautresite, le jour, 7 juillet 03


Reprise, 2
Le Parti Communiste Roumain tient ces jours-ci, à Bucarest, son 14ème Congrès dans une Roumanie cadenassée, affamée, maltraitée. Bucarest est sous état de siège, les plus célèbres dissidents poursuivent des grèves de la faim, les frontières sont filtrées. N'y a-t-il rien de nouveau à l'est de l'Est ? Ces derniers jours, cinq partis clandestins ont fait leur apparition. Ils ne pèsent pas tous du même poids. Mais l'arrivée d'un Front réformiste du Parti Communiste Roumain ou d'un Front du Salut National appelant de leurs vœux la non-réélection de Nicolae Ceausescu évoque quelque espoir. Quelque chose bougerait à l'intérieur même du Parti. Hélas, rien de comparable avec les Forums, les syndicats libres, les mouvements d'opposition qui ont ébranlé les pays voisins.
Le 14ème Congrès ouvre grand le champ des supputations. De la démission du président à sa réélection jusqu'au-boutiste, de la constitution d'un axe dur "Roumanie-Chine-Corée du Nord" à la sortie de la Roumanie de son alliance militaire, de la jacquerie aux grèves en cascade, on peut tout imaginer. La Roumanie sera-t-elle le seul des pays européens où le changement paiera le prix du sang ? Nous pouvons le craindre. Car, à la fin, la question est bien celle-ci : comment fait-on pour tuer un cadavre ? Ceausescu et son stalinisme sont morts et seul le Génie des Carpates l'ignore. Mais les Roumains savent qu'ils vivent désormais à l'heure folle des morts vivants. Le recours à l'adjectif fou — parlant de Ceausescu — n'est d'ailleurs pas raisonnable. Il n'y a pas de meilleure justification politique à une non-intervention que de décréter "folle" telle ou telle situation. Ce qui se passe au Liban est devenu fou : nous n'avons donc plus à nous en soucier.