Lautresite, le jour, 7 juillet 03



Verbatim, 1.
Un soir, j'ai convoqué chez nous un crime du siècle. Ce crime était hideux, il assassinait autour de lui choses et gens, hommes et pierres, maisons et jeunes filles. Ce crime était odieux, Il retournait même les morts. Chez nous, nous avons pris du vin autour d'une table et la nuit n'était pas noire que nous étions déjà plus forts. Au matin, des mains nombreuses (la mort va toute seule, les mains sont par deux) ont pris ce crime et l'ont étranglé. Tuer un crime, voilà ce qu'on fait de sa vie. Je suis comme toi, je pense que cela n'a pas eu lieu. Le crime est mort, bien sûr, le temps est toujours aux assassins.
La prochaine fois que je convoque quelque chose chez nous, je préfère que ce soit le bonheur ou alors l'amour. La différence que cela ferait pour le vin épanché et le verre brisé.

Reprise, 1.
Là où Il y a fleuve, il y a mer : l'important n'est pas de la voir mais de la savoir. La conviction qu'on n'a pas besoin d'être là pour être présent procure l'ivresse du global : il existe du chaos sous ces présomptions-là. Il peut y exister aussi du politique. Ces fleuves qui vont à la mer nous rappellent ces exodes en Trabant ou sac à dos de l'été 1989 qui rendirent d'un seul coup obsolètes ces exils calibrés et soupesés des années froides où un 747 entier dégorgeait son fragile dissident. Nous célébrions alors nos victoires. Nous déférions aux règles de l'hospitalité et aux lois de l'accueil. Nous faisions d'acceptables amphitryons et peu se sont plaints tout de suite de la propension que nous avions à choisir parmi le malheur.