Verbatim, 1.
Un soir, j'ai convoqué chez nous un crime du siècle. Ce
crime était hideux, il assassinait autour de lui choses et gens,
hommes et pierres, maisons et jeunes filles. Ce crime était odieux,
Il retournait même les morts. Chez nous, nous avons pris du vin
autour d'une table et la nuit n'était pas noire que nous étions
déjà plus forts. Au matin, des mains nombreuses (la mort
va toute seule, les mains sont par deux) ont pris ce crime et l'ont
étranglé. Tuer un crime, voilà ce qu'on fait de
sa vie. Je suis comme toi, je pense que cela n'a pas eu lieu. Le crime
est mort, bien sûr, le temps est toujours aux assassins.
La prochaine fois que je convoque quelque chose chez nous, je préfère
que ce soit le bonheur ou alors l'amour. La différence que cela
ferait pour le vin épanché et le verre brisé.
Reprise, 1.
Là où Il y a fleuve, il y a mer : l'important n'est pas
de la voir mais de la savoir. La conviction qu'on n'a pas besoin d'être
là pour être présent procure l'ivresse du global
: il existe du chaos sous ces présomptions-là. Il peut
y exister aussi du politique. Ces fleuves qui vont à la mer nous
rappellent ces exodes en Trabant ou sac à dos de l'été
1989 qui rendirent d'un seul coup obsolètes ces exils calibrés
et soupesés des années froides où un 747 entier
dégorgeait son fragile dissident. Nous célébrions
alors nos victoires. Nous déférions aux règles
de l'hospitalité et aux lois de l'accueil. Nous faisions d'acceptables
amphitryons et peu se sont plaints tout de suite de la propension que
nous avions à choisir parmi le malheur.