Lautresite, le jour, 4 juillet 03
 


 

En ce jour du vendredi 4 juillet 2003. La ligne est droite qui relie Alfred Dreyfus au Tour de France. J'apprends cela hier. Je raconte aujourd'hui. Il y avait un journal, "Le Vélo", dont le rédacteur en chef, au contraire de ses bailleurs de fonds et propriétaires, était dreyfusard. Outre qu'il parlait donc de politique et défendait les droits de l'homme, "Le Vélo" organisait aussi des courses cyclistes, comme Paris-Roubaix ou Bordeaux-Paris. Les bailleurs de fonds et propriétaires du "Vélo" décidèrent de lui créer une concurrence et fondèrent "L'Auto-Vélo" qui devint "L'Auto" et puis, plus tard, lorsque deux guerres auront passé, "L'Équipe". Ces gens avaient besoin d'une grande idée pour imposer leur canard. Ce fut "Le Tour de France", né en 1903 donc, trois avant la réhabilitation du capitaine, du temps où il était clair déjà que l'innocence de Dreyfus était totale. On a oublié le nom du rédacteur en chef du "Vélo", Pierre Giffard. On a retenu celui de "L"Auto", Henri Desgrange. Je vous donne aussi ceux des bailleurs de fonds et propriétaires, on ne sait jamais : le comte de Dion, le baron de Zuylen, président de l’Automobile Club de France, Edouard Michelin, et le constructeur de bicyclettes Adolphe Clément. On avait toujours cru que le Tour de France, c'était Bartali, Coppi, Anquetil, Poulidor, Merckx ou Armstrong.

On se trompait, c'était aussi la droite financière, nationaliste, barrésienne et antisémite de la France d'avant 1914. Les sous-entendus des événements sont souvent plus durables que leur explicite. Les passages souterrains qu'ils empruntent pour venir jusqu'à nous étonnent et nous fascinent. Et les chocs d'intellections qu'ils proposent sont salutaires. Car rien n'est donné et tout est à (ap)prendre. Cela a été, cela est, cela restera notre travail, dans lautresite ou ailleurs, de nous planter dans un fossé à guetter le passage des pelotons, sachant que ce que nous regardons n'est pas tout à fait ce qui se donne à voir. On aura compris qu'il s'agit de tout sauf de la position du spectateur. On peut mégoter ici et là sur le confort de l'observation qui ferait moins sens désormais que la volonté d'action : mais il n'est pas vrai que la liberté se trouve tout entière dans le "faire". Elle se situe, pensons-nous plutôt, dans le "transfert". Dans la capacité exacte que nous aurions de transformer "ce qui a été compris de ce qui a été vu" en usage public. Cela commence souvent par le travail des yeux que continuerait celui des mains.