Lautresite, le jour, 3 juillet 03
   

 
On ne connaît aucun prisonnier qui ait survécu à la « Maison Rouge » et rare, sont ceux qui ont vu les détenus emmenés chaque nuit à cette annexe, très éloignée des bâtiments principaux. De la mi-juillet jusqu’à la fermeture d’Omarska, à partir de huit heures du soir, les gardiens rassemblaient des prisonniers de différents endroits du camp et les amenaient dans une zone de détention de la Maison Blanche. Selon N.J., autre ancien détenu, les gardiens leur demandaient leurs noms et des renseignements familiaux puis les faisaient sortir individuellement. A Quatre heures du matin environ, les prisonniers entendaient un camion arriver à la Maison Rouge, apparemment pour récupérer les cadavres.
Bien que les gardiens aient souvent inspecté minutieusement les nombreuses pièces où les prisonniers étaient détenus et fait l’appel des prisonniers à partir de listes, beaucoup de ceux qui ont été battus ou tués ont été pris au hasard. « Les gardes entraient à trois heures du matin et faisaient sortir cinq hommes, nous disant qu’ils allaient être échangés. Dieu seul sait où ils les emmenaient », dit M.M., vingt huit ans, plombier, détenu avec plus de 500 hommes pendant plus de deux mois, dans une pièce adjacente au grand hangar. « Le matin suivant, nous voyions leurs cadavres. Je suis sûr, affirme-t-il, que 50% de ceux qui ont disparu ont été tués. » Souvent les gardiens ne connaissaient pas ceux qu’ils avaient battus à mort.
Edin Elkaz se souvient : « Quelquefois ils les appelaient par leur nom. Mais quelquefois ils me demandaient après : Celui-là, tu sais qui c’est ? » Il ajoute qu’il a identifié beaucoup d’amis qui avaient été battus à mort.
La violence s’aggravait dès que les gardiens « s’étaient appropriés les objets de valeur », dit un homme de quarante ans, interviewé à Karlovac, qui s’est donné le pseudonyme de Mrki. Mrki a été emmené à la Maison Blanche parce qu’il se trouvait placé en évidence lorsque les gardiens sont entrés dans la pièce à la recherche de boucs émissaires. Pendant deux grandes nuits, à la maison blanche, il a été battu jusqu’à ce qu’il s’évanouisse, par les gardiens ainsi que par les gens du pays invités à participer aux tortures comme à une réjouissance. « Quand je me suis réveillé, le matin, j’avais du sang tout autour de moi » se souvient-il.
Extrait de « Bosnie : témoin du génocide », de Roy Gutman, Desclée de Brouwer, 1994. Le 3 juillet 2001, Slobodan Milosevic comparaissait pour la première fois devant le Tribunal Pénal de la Haye. Le 30 juin dernier, le commandant du camp de Omarska, Zeljko Meakic, se rendait à la police serbe. Il est accusé de génocide, de crimes contre l'humanité, d'infractions aux Conventions de Genève et de violations des lois ou coutumes de la guerre. Il devrait être transféré aux Pays-Bas dans les prochains jours.