Lautresite, le jour, 2 juillet 03
 


 

En ce jour du mercredi 2 juillet 2003. "Intermittents du spectacle, nous avons été engagés par l'agence d'hôtes et d'hôtesses Marianne International pour un contrat de figuration de deux heures. On nous avait annoncé que nous travaillerions sur un clip. Il s'agissait en réalité d'une opération pour la sécurité routière organisée par la Ligue contre la violence routière. Cette opération consistait, en partie, en une mise en scène symbolisant la mort sur la route. C'est pour figurer dans cette mise en scène que nous étions engagés. Dès après la signature de nos contrats, on nous a demandé de nous allonger et d'observer une minute de silence. Puis, la dernière demi-heure, les ministres Nicolas Sarkozy et Gilles de Robien sont apparus et ont entamé un discours. Nous sommes donc fondés à dire que le public de Monsieur Sarkozy était payé pour écouter. Le soir, dans les différents journaux télévisés, l'événement a été présenté comme une manifestation spontanée et volontaire de jeunes sensibilisés et mobilisés par la prévention routière. Même chose dans les journaux du lendemain. Par cette opération "24 heures pour sauver 24 vies", on essaye de faire croire que les 500 personnes étaient des volontaires impliqués dans la prévention routière, qu'ils soutiennent l'action du gouvernement et qu'ils viennent spontanément assister au discours de Monsieur Sarkozy. Il n'en est rien.

Aucun journaliste ne pensera à rapporter les sifflets et cris de protestation qu'on put entendre à la fin du discours de Monsieur Sarkozy. Nous sommes bien obligés d'appeler cela un bidonnage". Cela date du 23 mai dernier, époque où les intermittents se couchaient encore, et en une petite histoire, beaucoup de choses sont dites. Car on aura compris que nous sommes ici, totalement, dans le métaphorique et la mise en abîme. La mort comme spectacle donne le spectacle pour mort. La substitution du comédien au citoyen renvoie à la comédie de la citoyenneté. Et le pouvoir qui parle là devant des gens payés pour s'allonger (pour s'écraser!) pourrait également fournir matière. Mais qui, à vrai dire, se soucie encore de ces petits arrangements ? En d'autres temps, certain ministre était poussé à la démission. Quelle importance aujourd'hui où il ne s'agirait tout de même pas de mégoter un morceau d'emploi, un bout de travail ou une bribe d'intérim ? On ne voit pas bien encore ce qui se perd quand on accepte de perdre la culture. Dix pour cent des jeunes Belges pensent que l'avortement est un bon moyen de contraception, combien sont-ils à estimer que Céline Dion est une artiste ? Les "intellos précaires" que nous sommes ici assurent donc les intermittents du spectacle de leur entière solidarité de frères en prolétariat culturel.