| En ce jour du mardi 1er juillet 2003. Voyez-vous ça, que les Sénégalais renvoient les charters et que, dedans, se trouvent des Français indésirables ? Lorsque l'on comprend que les "one-way ticket", aussi, sont à double sens, la donne paraît bouger un peu. Ce serait si simple, la rétorsion. Mais un quotidien du pays — le journal Sud — écrivait là-dessus ce que, bon an mal an, nous serinons ici : "En sommes-nous là ? Consoler nos egos meurtris en montrant que nous pouvons également expulser ?". On pouvait imaginer un réflexe national, une réaction coléreuse, une vengeance de pauvres : les journalistes sénégalais ont préféré l'éthique et la justice. Car ils savent bien que, d'où qu'il parte, un expulsé est toujours un expulsé. Une expulsion, cependant, ne vaut pas l'autre. Pour Thierry Falise, Vincent Reynaud et Naw Karl Mua — les journalistes et traducteur condamnés au Laos —, elle laverait la stigmatisation de l'emprisonnement et équivaudrait à une libération. Pour forcer cette décision, dit-on, il existe un moyen de rétorsion (encore) facile : le Laos est entièrement dépendant de l'aide internationale. Menacer de l'interrompre, ce serait peser sur une décision politique qui contredirait la sanction judiciaire. Ce pays oublié est l'un des derniers lieux du communisme réel, une enclave, une sorte de forteresse, quelque chose entre la Birmanie et la Corée. |
Ce pays produit donc des scandales
journaliers. L'arrestation et la condamnation des journalistes en est
un. On a envie de dire : " L'arrestation et la condamnation des
journalistes n'en est qu'un". Il n'y a pas de droits de l'homme,
au Laos, et à certains égards pas d'hommes non plus. Les
Hmong, par exemple, ne sont pas des êtres humains mais une sorte
d'opposants au régime qu'il faut éradiquer. En coalisant
diplomates, ONG et médias, comme l'espèrent les familles,
l'on parviendra sans doute à libérer Falise, Reynaud et
Mua. Il faut revendiquer ces libérations et les hâter,
nous y invitons par ailleurs. Mais, il serait injuste maintenant que
ces trois reporters ont levé le voile sur la réalité
laotienne — mieux sans doute qu'avec un film et des photos —
de tiédir la pression une fois la relaxe obtenue. Ce serait,
en effet, faire honneur à leur travail empêché que
d'élargir notre indignation à la population laotienne
tout entière et de poursuivre ce qui s'accomplit en ce moment
pour sauver la vie des trois journalistes en tentant de préserver
aussi celles de gens inconnus croupissant dans les cachots du régime.
Et Thierry Falise, une fois revenu en Belgique, pourrait faire bon usage
de ce qu'il reste, ici, de la loi de compétence universelle.
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