Lautresite, le jour, 30 juin 03
   
 
"La crise de régime que l'on prévoyait depuis quelque temps déjà en Allemagne a éclaté avec la violence qui caractérise toute l'action du national-socialisme. Le drame va se développer rapidement. Il a commencé dans la boue et le sang; il ne peut finir que dans la boue et le sang. Personne ne peut plus rien pour en changer l'allure. Il n'y a qu'à suivre attentivement les événements, à compter les coups et à regarder mourir l'Allemagne. Depuis des semaines, la lutte était engagée entre les forces conservatrices du "Herrenklub", du nationalisme de droite, des magnats de l'industrie et des chefs de la Reichswehr, d'une part, et les forces du nazisme extrémiste, de ceux qui veulent que le mouvement national-socialisme se traduise par une véritable révolution sociale, d'autre part. Il y avait le discours de M. von Papen, qui s'était au préalable concerté avec le président von Hindenburg et avait reçu son approbation; il y avait la vive réaction du ministre de la Propagande Goebbels, qui s'est produite avec l'assentiment du "Führer". Toute la question était de savoir de quel côté pencherait finalement le chancelier Hitler. En présence de la menace d'un complot, il a pris brusquement position. Il a réagi à la fois contre la droite et contre l'extrémisme révolutionnaire. En fait, le "Führer" a joué son propre jeu. On ne voit pas encore très clair dans l'histoire du complot, où l'on veut associer les noms du général von Schleicher et des chefs de sections d'assaut dont le fameux capitaine Roehm, ministre sans portefeuille. Mais le bilan de la journée est net : le général von Schleicher et sa femme tués, le capitaine Roehm destitué, arrêté, puis suicidé, sept chefs des sections d'assaut ayant rang de généraux de division fusillés, un grand nombre d'autres arrêtés, le vice-chancelier von Papen arrêté, puis relâché, un de ses collaborateurs immédiats, le conseiller supérieur de gouvernement Bosc, suicidé.
On apprendra sans doute d'autres exécutions et d'autres suicides. C'est le chancelier en personne qui s'est rendu à Munich pour destituer Roehm. C'est la police verte de Goering qui a été chargée de l'opération de force à Berlin. Il est important de souligner que l'affaire se produit la veille même du jour où les sections d'assaut devaient partir en congé forcé pour un mois, ce qui pouvait bien être une préface de la dissolution de leurs formations. Les chefs des sections ont-ils voulu se servir des forces qu'ils avaient encore à leur disposition pour tenter une deuxième révolution, cette fois contre l'Etat national-socialiste et contre Hitler lui-même ? Et derrière ces aventuriers prêts à tout, qui menait le jeu ? Ce qui est significatif, c'est que dans cette répression sanglante Goering, que l'on disait inféodé aux influences de droite, et Goebbels, qui passe pour l'homme de gauche du parti, ont été constamment aux côtés du "Fürher". Goebbels a été l'inspirateur de la répression; Goering, fort de sa police, en a été l'exécuteur. (...) Article paru dans le quotidien belge "Le Soir", le 2 juillet 1934. Le 30 juin 1934, les principaux leaders des Sections d'Assaut (SA), milice qui compte près d'un million d'hommes en 1933, sont arrêtés et exécutés. Ces assassinats plus connus sous le nom de "Nuit des longs couteaux" permirent à Hitler de se débarrasser de dignitaires devenus gênants et de se concilier les milieux conservateurs traditionnels. Le chef d'état-major Roehm ainsi que l'ex-chancelier von Schleicher comptèrent parmi les victimes de cette épuration. Pour plus d'informations, revoyez notre édition spéciale du mois de février.