Lautresite, le jour, 30 juin 03
 


 

En ce jour du lundi 30 juin 2003. J'entendais Marc Luyckx hier matin à la radio. Marc Luyckx fut l'un des membres de la cellule de prospective créée par Jacques Delors au sein de la Commission européenne. Il est certain lui aussi qu'à terme, selon le mot de Pierre Calame, "les liens créeront plus de richesses que les biens" et que la connaissance va commencer de remplacer le capital. Là-dedans se mesure notre rapport au concret et le débat fait rage, à ce propos, autour de cette "revue de poésie politique". Car aujourd'hui, nous voyons plutôt que l'on lessive, ici et là, ce que l'opinion publique ne fait pas sienne tout de suite : la lenteur du temps échappe et le succès se mesure à la confrontation avec l'immédiat. Tout fait farine au moulin, vaches, cochons et couvées, du moment que le cœur de cible soit saignant et que l'on puisse se payer sur la bête. De la résistance à cet ordre du temps, l'on fera son travail. Nous regardons autour de nous : nous voyons bien que les victoires aisées et les convictions faciles conduisent aux entropies.

On ne fait pas société autour de cela, on n'est pas ensemble avec cela : à vrai dire, on ne sait pas quoi faire avec cela. C'est pourquoi nous plaidons, dans ces pages, pour une certaine mise à distance — une espèce d'évitement peut-être — de ce qui ferait l'évidence d'aujourd'hui pour tomber demain sans doute dans un oubli distrait. C'est une ligne de crête. Elle est exigeante. Elle semble évidemment, au regard des aménagements cosmétiques de la vie en commun, surnuméraire. Elle ne rentre pas dans les lignes de comptes des rapports de force et des logiques d'intérêt. L'on comprendra alors que cette méfiance de la rapidité et du concret est bien un acte poétique appliqué au politique. La poésie politique, ce n'est rien d'autre, finalement, que le refus du cynisme et du fatalisme. Il n'est pas certain, vous le savez assez, que nous puissions continuer longtemps à marcher sur ces terres. Nous tenterons d'éditer un mois de plus pour résister au temps. C'est une promesse et un défi. Je regarde par la fenêtre. Il pleut. Ce mois de juillet commence parfaitement. Il est rafraîchissant.