Lautresite, le jour, 27 juin 03
 


 

En ce jour du vendredi 27 juin 2003. Voici revenus les temps de norias dans lesquels noyer les retraites : je n'ai jamais compris, à vrai dire, pourquoi les mouvements sociaux, en France, attendent les mois de mai. Les mois de mai, c'est trop tard : les pavés sont trop proches des plages. Et le problème de la plage, dès à présent, ce n'est déjà plus le pavé mais à nouveau la boulette. Le registre change, sans doute, mais il s'agit toujours de choses que vous avez vues à la télévision. Vos vacances vous serviraient à cela : à vous rendre à la rencontre des faits, à vérifier, à sonder, à plonger dans un réel plus réel que celui que vous venez de quitter. Faites des kilomètres, roulez, bouchonnez : rien à faire, le vieux monde est devant vous. On dirait qu'il vous attend dans les endroits les plus improbables et que son pique-nique est déjà prêt. Vous pensez voyager, vous ne faites que déplacer du réel. Car aujourd'hui, une plage, qu'est-ce que c'est d'autre, à vrai dire, qu'un dépotoir pour pétrolier ou un havre pour réfugiés ? Le sable n'est plus frivole et le réel embarrasse. Le réel ? L'avez-vous lue, la lettre de Thomas Gegerly que nous avons publiée hier ?

Elle vient nous prendre au seuil de l'été et elle nous refroidit d'un coup. Non, décidément, il n'y a plus de vacances, lorsque des enfants crachent sur des cercueils. Nous qui sommes pourtant durablement habitués, ici, à faire le compte de ce qui détruit et ce qui détricote, nous n'arrivons pas à la porter, cette lettre-là. Et à l'emporter, encore moins. On aimerait l'entourer, Thomas Gegerly, laver cela, l'affront, la bêtise, cette méchanceté revenue entre nous. On aimerait, Thomas Gegerly, le protéger de nos enfants. Ce que l'on voit venir, on ne parvient pas à l'endiguer : cette cruauté, ce racisme, ce déni, cette absolue négation, cette haine totale, cette extrême confiance en sa différence. Il faut faire un sort à la différence, on l'a déjà dit. Quand la différence crée de l'estime de soi, elle programme déjà le meurtre de l'autre. Changeons les mots, disons plutôt diversité : c'est un mot que les racistes ne sont jamais parvenu à intégrer. Cet été, soyons divers. C'est un slogan parfait pour poser son bagage.