Lautresite, le jour, 26 juin 03
 


 

En ce jour du jeudi 26 juin 2003. Nous voyons autour de nous se courber les gens et les choses au gré des intérêts d'autres gens et d'autres choses. On n'avait plus même envie de revenir sur les révisions de la loi de compétence universelle — le choquant ici n'étant pas qu'elle eût à être revisitée : elle le devait ; le scandaleux est qu'elle le fut sur pression, voire sur ordre — que déjà redéboule Francorchamps, son Grand Prix de Formule un et la loi anti-tabac. Depuis que cette manche du championnat du monde a été rayée du calendrier —on le sait, il n'y aura pas de course ardennaise en 2003 — ce n'a été qu'une ruade dans les Assemblées. Car voilà, en anticipant la date d'entrée en vigueur de la législation européenne sur la publicité pour le tabac, la Belgique avait cru, une nouvelle fois, ouvrir la voie à une éthique universelle et avait parié sottement que cela ne lui fut pas compté. Erreur : Max Mosley, Bernie Ecclestone et les cigarettiers n'ont eu qu'une petite chose à faire pour mettre à bas les arguments de la santé et de la morale : biffer le nom de Francorchamps de leur liste. Cela coûta, dit-on, fort cher aux écologistes, partisans de l'interdiction publicitaire, durement sanctionnés aux récentes élections législatives. Voilà donc que nos ministres renégocient aujourd'hui avec les Mosley et Ecclestone la tenue d'un Grand Prix en 2004, s'engageant à revoir la loi anti-tabac.

Peut-être, disent Mosley et Ecclestone, mais à cette condition supplémentaire que vous assumiez également les frais de promotion de l'événement et en couvriez les risques financiers : l'estimation, ajoutent-ils, se monte à 15 millions d'euros. Et les ministres de chercher qui et quoi, dans ce pays, serait d'accord de pallier et de rejoindre: une espèce de consortium est en train de naître pour couvrir ces dépenses. Cette fable n'a point besoin de chute, car la morale ici rebute: c'est la loi du plus fort ou bien du plus malin, le peuple aux argentiers va manger dans la main. Nous qui pensons ici que la prévision politique ne peut équivaloir à la prévision météorologique restons étonnés de ce peu de résistance aux intempéries. De sorte que l'on peut se poser la question du moment où s'incarne vraiment la volonté populaire : dans l'avancée ou dans la reculade ? Silvio Berlusconi, lui, a fini de se poser ce genre de problème. Cet homme, qui incarnera pour six mois l'idéal européen élargi, sait bien que les lois sont faites contre les voleurs et pour les brigands. Les États de droit, disiez-vous ? Les États délinquent. Ils font comme s'ils avaient dissous le peuple. Et le peuple à dix sous, c'est pas cher. Un Grand Prix à quinze millions, c'est déjà beaucoup mieux.