Lautresite, le jour, 25 juin 03
 


 

En ce jour du mercredi 25 juin 2003. On va vous donner des nouvelles des vaches. Deux d'entre elles sont arrivées Place Rouppe, à portée de regard du bureau où l'on écrit. Rien à dire, ce sont bien des vaches. Pour le reste, la presse annonce que dix bovidés, déjà, ont été dégradés. Dans l'argumentaire de cette exposition, la lutte contre le vandalisme urbain venait, il y a quelques mois, en premier : "Ce que les gens font, les gens ne le détruisent pas", entendait-on. Il n'aura fallu que quatre jours pour s'assurer du contraire. Les organisateurs publient des communiqués de victoire : il resterait 170 vaches intactes. On va vous donner des nouvelles de Vladimir Likov, demandeur d'asile, russe et atteint d'un cancer : l'avis d'expulsion a été retiré, il peut demeurer en Belgique et poursuivre son traitement. Relisez ce qui fut dit hier ici même. On n'enlève rien et l'on y ajouterait même bien quelques petites choses. On va vous donner des nouvelles des armes de destruction massive irakiennes. La Commission de la Chambre des Communes qui enquête sur les vérités et mensonges du gouvernement britannique dans cette affaire a réussi à arracher au secrétaire d'État au Foreign Office, Jack Straw, un "C'est embarrassant".

En effet. Il ne faut pas avoir de bibliothèque pour n'avoir pas lu, à un moment de sa vie, cette phrase de Thomas Mann : "À la longue, une vérité nuisible vaut mieux qu'un mensonge utile". On va vous donner des nouvelles de lautresite. Samedi, le conseil d'administration de Causes Communes, l'association qui porte le projet, tiendra une nouvelle réunion d'urgence. On parlera de portes, de clés et de paillasson. Et pour le coup, puisque précisément "une vérité nuisible vaut mieux qu'un mensonge utile", on ne va pas prétendre ici que l'on se sente particulièrement soutenu par les lecteurs. Avec un tel engouement et suivant l'ordonnance des lois du marché, il ne serait que justifié que lautresite disparaisse. C'est embarrassant. Si vous saviez ce que coûtent les actes gratuits ! Comme nous ne souhaitions pas qu'il ne reste de public que les bancs, nous avons voulu restituer ici, sur ces pages, quelque chose du bien commun. Il s'agirait de nous dire vite si nous avons eu quelque raison de prendre le risque d'encore vouloir penser ensemble ou bien, si tout compte fait, l'on préfère les vaches, l'artentainment, les mensonges par soumission et toutes ces choses qui se nourrissent du faux, du duplice et de l'équivoque pour prospérer. Oui, il faudrait nous le dire.