Lautresite, le jour, 24 juin 03


Martens V

17/12/81 28/11/85,

coalition
CVP/PSC -
PVV/PRL




"la vieille Europe subit avec peine ces mutations"


Nous vivons dans un pays qui est l'un des plus prospères du monde. Seule une partie très limitée de la population mondiale bénéficie d'un niveau de vie équivalent à celui de la population belge. (...) Ce bien-être est aujourd'hui très gravement menacé. L'évolution qui favorisait des aspirations toujours croissantes a été brutalement arrêtée. Sur le plan mondial, des mutations profondes se produisent, en raison des hausses répétées des prix pétroliers et de la nouvelle répartition internationale de la technologie, du travail, et de la croissance entre pays riches, pays d'ancienne industrialisation et pays en voie de développement. La vieille Europe, entraînée par l'énorme accroissement de la richesse mondiale, jusque dans un passé récent, subit avec peine ces mutations. (...) Devant la montée des périls, c'est le devoir du gouvernement de sortir des sentiers battus, et de mener une nouvelle politique. Cette politique devra guider le processus de redressement. (...) C'est le devoir du gouvernement de porter une particulière attention à ceux qui sont les plus menacés par la crise. Pour construire un nouvel avenir, il nous faut conjuguer toutes nos forces, stimuler toutes nos capacités d'innovation et de production, et rendre au pays la confiance en son ardeur au travail, son savoir-faire et sa productivité. (...) Dans un petit pays comme le nôtre, doté d'une économie très ouverte, le gouvernement choisit résolument la seule issue possible, à savoir une politique orientée vers la croissance économique, dont les moteurs doivent être l'exportation, les investissements industriels et la motivation au travail de la population. Pour mettre ce programme en œuvre immédiatement et dans son entièreté, le gouvernement demande au parlement des pouvoirs spéciaux jusqu'au 31 décembre 1982. (...) Un aspect important de cette politique de redressement est la compression de tous les coûts de production. Dans le domaine fiscal, la Belgique doit devenir de nouveau un pays attrayant (...) le gouvernement estime que dans le cadre d'une politique globale qui vise à promouvoir l'emploi, une modification temporaire des modalités actuelles de la liaison à l'index est inévitable. Dans le même temps, le gouvernement prendra toutes les mesures qui sont de nature à freiner de manière équivalente à tous égards la progression des autres revenus. (...) Une conséquence de l'avènement de la société de bien-être a été une certaine augmentation des égoïsmes individuels et de groupe.
Le gouvernement est décidé à combattre cette tendance et il fait appel à l'effort solidaire de tous dans le but d'arrêter le processus d'appauvrissement collectif qui nous menace et qui touche surtout les chômeurs et les moins favorisés. Dans le domaine de la politique industrielle notre pays, comme les autres pays industrialisés, doit affronter deux défis. Tout d'abord, il faut au maximum orienter les investissements, la technologie et la recherche scientifique vers les activités nouvelles et porteuses d'avenir. En second lieu, il faut veiller à revaloriser et à moderniser le patrimoine industriel existant. La politique sectorielle, dans les domaines de l'acier, du textile, des charbonnages, de la construction et réparations navales, et du verre creux d'emballage, visera le rétablissement de la compétitivité des entreprises et la promotion d'une saine gestion pour limiter les interventions budgétaires au strict nécessaire. (...) Il n'y aura pas d'alourdissement de la pression fiscale et parafiscale globale, mais au contraire un encouragement de la population par un aménagement de l'imposition du travail et de la fiscalité des familles. (...) Différer ces décisions signifierait hypothéquer gravement l'avenir. Nous devrons subir une longue période d'adaptation marquée de surplus par l'angoisse croissante de la population face à un avenir incertain. Déclaration inaugurale du cinquième gouvernement Martens du 18 décembre 1981 in les "Annales parlementaires". À l'issue des élections de novembre 1981, Martens prend une nouvelle fois, la cinquième, la tête d'un gouvernement. Réunissant démocrates-chrétiens et libéraux, cette formation mènera une politique de stricte austérité visant au redressement financier et économique du pays. Recourant massivement aux pouvoirs spéciaux, le gouvernement Martens V fera passer de nombreuses mesures: dévaluation du franc belge de 8,5%, suppression temporaire de l'index, recours au temps partiel, flexibilité du temps de travail, diminution des allocations familiales et de chômage. Le gouvernement veillera également au redressement de la compétitivité des entreprises, à l'assainissement des finances publiques, à la révision de la fiscalité ainsi qu'à la stimulation des exportations, des investissements et de la recherche. Ce gouvernement est l'un des six à être parvenu au terme d'une législature depuis 1954.