Lautresite, le jour, 24 juin 03
 


 

En ce jour du mardi 24 juin 2003. Nous devrons nous pencher sur le sort de Vladimir Likov, candidat russe à l'asile belge : cet homme qui porte un cancer s'est vu adresser récemment un "ordre de quitter le territoire" et défend actuellement ses chances de survie devant le Conseil d'État. Je viens avec cela parce que Vladimir Likov, arrivé en Belgique depuis décembre 2000, a obtenu un sursis médical de deux années et suit, depuis, selon les mots de ses médecins, "une chimiothérapie très agressive". Ses avocats indiquent que le système hospitalier russe est actuellement incapable de lui fournir les soins appropriés à son état. S'il obtient gain de cause et qu'il est autorisé à poursuivre son traitement en Belgique, il pourra donc être versé, dans six mois, au pot des plaideurs potentiels dans le cadre de la loi "de compétence universelle" révisée avant-hier. Imaginons cela que Vladimir Likov dépose en fin de compte une plainte qui porterait, par exemple, sur le déficit d'infrastructure médicale russe rapporté aux investissements financiers gouvernementaux consécutifs à la mise au pas de la Tchétchénie. Je ne me fais aucune sorte d'illusion sur la capacité d'aboutir d'une telle plainte mais, tout de même, elle aurait l'avantage de poser deux questions en même temps. Un pays qui préfère la menée d'une guerre à la santé de ses citoyens est-il condamnable au titre de la non-assistance à une population en danger et entre-t-il, à ce titre, dans le champ de compétence de la loi ?

Et d'une. La Russie est-elle un pays démocratique ? Et de deux. On pourrait déjà dire ceci : en acceptant le dossier de Monsieur Likov et en lui assurant un permis de séjour de deux années, la Belgique a, en quelque sorte, déjà fait montre de sa méfiance envers le traitement réservé aux malades en Russie. Et, puisque l'on nous raconte partout que "la santé est un droit de l'homme", serait-il a priori impensable d'incriminer un État pour mauvais traitements consécutifs à des choix politiques conscients aboutissant à l'absence structurelle d'équipements thérapeutiques dans ses services publics ? Je me demande. Ce serait peut-être téméraire. Mais vexatoire non, je ne pense pas. Les dirigeants autoritaires, il faut toujours les trouver là où ils ne s'attendent pas à être cherchés : il croit, Poutine, que les démocraties vont l'attaquer sur la Tchétchénie, eh bien non, c'est un réfugié cancéreux qui le surprend sur ses hôpitaux. Vous avez bien compris ce que je veux dire : qu'il nous faudrait rendre imaginable et pertinente cette idée que les réfugiés puissent, de façon systématique, déposer plainte contre les conditions économico-socio-politiques qui leur ont fait quitter leur pays. On verrait bien alors. On verrait quoi ? Je pense bien qu'on verrait pencher le monde.