Lautresite, le jour, 23 juin 03
 


 

En ce jour du lundi 23 juin 2003. La loi de compétence universelle existe-t-elle toujours ou bien a-t-elle disparu la semaine dernière, au large de Porto Carras ? Il faut dire que ces derniers jours n'auront pas été avares en charivari et que les plaintes sont tombées comme à Gravelotte, n'épargnant pas même le ministre belge des Affaires étrangères ce qui, en Grèce, fit mauvais effet. Le gouvernement en formation a donc délibéré ce week-end : dans une main, le droit ; dans l'autre, le port d'Anvers, le siège de l'Otan et cette sensation curieuse d'être passé du statut de "petite nation courageuse" à celui de pays de farceurs. Désormais, seuls des Belges ou des personnes "ayant établi leur résidence habituelle" en Belgique depuis au moins trois ans pourront déposer plainte contre des Belges ou des personnes "ayant établi leur résidence habituelle" en Belgique depuis au moins trois ans, pour autant que l'on aille pas incriminer des ressortissants de pays disposant d'un "système judiciaire équitable". Pour faire court, disons que cette loi sera désormais réservée aux pays pauvres, aux dictateurs exotiques ou aux mânes de Léopold II. Imaginons maintenant que de cette rénovation législative naissent des conséquences heureuses. Par exemple, pour asseoir la crédibilité de cette nouvelle mouture et faire taire les critiques fusant de toute part chez les défenseurs des droits de l'homme, eh bien imaginons que la Belgique en profite pour revoir sa politique d'asile.

Ainsi, au lieu, par exemple, de se baser sans le dire sur une liste de "pays sûrs" pour récuser les demandes d'asile, le gouvernement déciderait-il d'ouvrir les frontières à des ressortissants de "pays non sûrs" et de faire traîner les procédures d'introduction des dossiers de façon à constituer, dans les trois ans, un vivier de dépôt de plaintes garantissant le plein exercice de cette nouvelle loi. Cela permettrait notamment d'économiser les frais d'expulsions par charters. Et il deviendrait ainsi impossible d'insulter l'avenir, car qui dira que le réfugié kirghize d'aujourd'hui ne se retrouvera pas demain plaideur civique devant le tribunal de Bruxelles ? Voyez-vous la tête que nous aurions en expulsant après 32 mois un demandeur d'asile dont le témoignage eût permis de mettre en cause tel notable, tel paramilitaire, tel ministre ou tel président ? On n'imagine pas que nous puissions nous permettre, dans notre pays de bonne humeur, une telle inconséquence, car quelles billevesées déverserait-on encore sur nous à l'étranger ? Rassurons donc les réfugiés : il n'est plus nécessaire désormais d'occuper les églises et de faire la grève de la faim. Nous vous le disons : ayez confiance dans la justice de votre pays d'accueil.