Lautresite, le jour, 20 juin 03
 


 

En ce jour du vendredi 20 juin 2003. On dit Thessalonique mais c'est Porto Carras. Porto Carras est situé dans une des griffes de la Chalcidique qui regarde vers la Turquie. Et dans cette mer Égée vers laquelle on plonge, se trouvent des bâtiments de guerre. Au sol, nous avons également 16.000 militaires et policiers anti-émeutes. Et puis, n'ont pas été oubliées les batteries de missiles sol-air indispensables depuis Évian. Sur ces plages encombrées de lourds containers empêchant l'abordage, se déroulera donc un sommet. Car un sommet, désormais, se déroule plutôt qu'il ne s'escalade. On aura là une discussion sur la Convention pour une Constitution européenne que Le Monde publiait avant-hier et qu'il lui faudra sans doute réimprimer après que l'Espagne sera passée dessus, ou même le Luxembourg, peut-être. Mais tout de même, sachant que la question de l'asile et du refuge occupera le reste de l'espace, on ne peut s'empêcher d'imaginer Porto Carras en métaphore exemplaire de cette "forteresse Europe" que l'on a eu beau dénoncer mais que ce sommet va, sans doute, annoncer. Tenez, prenez Lampedusa. C'est une île qui vous rappelle "Le Guépard", et au choix, Visconti, Delon, Cardinale ou même le livre, allez savoir, grâce à l'éponymie. Mais bon, sur cette île où accostent journellement ou presque des réfugiés naufragés (400, les 17 et1 8 juin derniers), il y a désormais une dame de la Ligue du Nord (il n'existe pas de Ligue du Sud) qui voudrait "abattre tous les clandestins débarquant sur l'île".

Son leader, Umberto Bossi, est plus pondéré. Il dit simplement : "Qu'on les rejette à la mer, je veux entendre le grondement du canon". Canon, il y a à Porto Carras. Et aussi une suggestion heureusement retirée de Tony Blair visant à "contingenter" les demandeurs d'asile dans des "centres de transit" créés à l'extérieur des frontières de l'Union. On ne sait pas si, dans ces bantoustans, l'on eût soudoyé les gardiens en euro, mais on est déjà convaincu qu'il faudra couper les vivres aux pays sources de l'immigration qui ne maîtriseraient pas suffisamment la liberté de circulation de leurs citoyens. C'est pourquoi l'on voudrait juste s'attarder quelque peu sur les premiers mots du préambule de cette Constitution que l'on négociera en Grèce. Ils affirment que les Quinze sont "Conscients que l'Europe est un continent porteur de civilisation ; que ses habitants venus par vagues successives depuis les premiers âges de l'humanité, y ont développé progressivement les valeurs qui fondent l'humanisme : la liberté des êtres, la liberté, le respect de la raison". On aime beaucoup cette image des "vagues successives". Elle nous rappelle les plages de Porto Carras, les containers, les bâtiments de guerre, les 16000 policiers et les batteries de missiles.