Lautresite, le jour, 19 juin 03




Carnets


d'une


occupation




Nicole est enseignante retraitée, elle milite dans le comité qui, il y a quelques jours, a décidé de soutenir la grève de la faim que des demandeurs d'asile Iraniens déboutés ont entamée dans une église du centre-ville de Bruxelles. Tous les jours, nous suivrons Nicole Mazy, une personne ordinaire qui a décidé de se mêler, comme d'autres le font à Calais par exemple, de "ce qui ne la regarde pas". Parole donc au comité.

Aujourd'hui, le récit du mercredi 18 juin, 13ème jour de grève de la faim.

 




Episode 3

Lorsque j'arrive aux Minimes, malgré ma question sur l'état de chacun, c'est eux qui veulent savoir comment je vais. Ils ne s'étendent pas sur leurs maux. D'une mimique, ils me renseignent ; c'est tout. Aujourd'hui, j'ai trouvé les deux plus résistants au bord de l'épuisement total. Les périodes où ils s'allongent et dorment se multiplient. Chaque corps, chaque visage, aujourd'hui parle de leur affaiblissement général.

L'aile droite et la chapelle des grévistes de la faim des Minimes sont des lieux animés. Les gens défilent constamment viennent manifester leur soutien. Beaucoup veulent aider et demandent comment faire. Parmi les grévistes, un jeune historien et un artiste aiment parcourir seuls les allées de l'église silencieuse, s'arrêter devant un détail, s'imprégner du lieu. La jeune femme enceinte a accepté de s'alimenter une fois par jour pour ne pas compromettre l'avenir de son bébé. Mais elle continue à partager la vie du groupe. Les pressions se sont faites de plus en plus fortes pour l'amener à prendre cette décision, même le ministre Mr. Michel s'y est mis.