Lautresite, le jour, 18 juin 03

En grève de la faim depuis le 6 mai dernier, hospitalisé d'urgence il y a quelques jours, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet vient donc de se voir condamné à trois ans de prisons ferme pour ses écrits subversifs et la tonalité générale des journaux dans lesquels il s'exprime. Nous voulions publier ici l'un de ses articles. Et une "une" de "Demain". Pour que l'on sache aussi de quoi il est question, exactement…

Le palais royal de Skhirat serait en vente
Selon des sources dignes de foi, le palais royal de Skhirat va être vendu et transformé en complexe touristique. C’est l'un des plus luxueux palais royaux du Maroc, haut lieu de l’histoire récente du royaume et lieu de villégiature de Hassan II, qui y séjournait fréquemment. Selon des hommes d’affaires du monde du tourisme marocain, ainsi que des responsables gouvernementaux, la "décision de vendre le palais de Skhirat aurait déjà été prise" par les plus hautes autorités du pays.

Le palais de Skhirat, au bord de l’océan Atlantique, a été le théâtre d’un sanglant coup d’Etat contre Hassan II, en 1971.

En juillet de cette année-là, il y a trente ans, des compagnies de cadets de l’académie militaire d'Ahermoumou, commandées par le colonel Ababou, pénétraient dans l’enceinte du palais et assassinaient froidement des dizaines d’invités du souverain défunt. Ce dernier échappa de justesse au massacre.
Par la suite, le monarque y recevra des hôtes de marque, secrètement ou publiquement. Des décisions importantes pour l’avenir du pays ont été prises dans ce palais. On raconte même qu’à la fin des années 80 l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, négocia avec des envoyés du Polisario, dont le frère d’El Ouali, Bachir Mustapha, à l’intérieur du bâtiment royal.
Depuis l’ascension au trône de l’actuel souverain, Mohammed VI, Skhirat donnait l’impression d’avoir été abandonné au profit des deux palais de Tétouan et Tanger, où le roi prend désormais ses quartiers pendant les mois d’été. Abandonné donc à sa tristesse et à ses souvenirs sanglants, Skhirat donnait libre cours à une multitude de rumeurs sur la nécessité ou non de garder un palais inutilisé. Au Maroc, les palais royaux appartiennent à l’Etat. C’est Hassan II qui avait pris la décision, il y a quelques années, de les vendre à l’administration.
Article paru dans “Demain Magazine” le 20 octobre 2001, trouvé sur le site de Courrier international.