En grève de la faim depuis le 6 mai dernier, hospitalisé
d'urgence il y a quelques jours, le journaliste franco-marocain Ali
Lmrabet vient donc de se voir condamné à trois ans de
prisons ferme pour ses écrits subversifs et la tonalité
générale des journaux dans lesquels il s'exprime. Nous
voulions publier ici l'un de ses articles. Et une "une" de
"Demain". Pour que l'on sache aussi de quoi il est question,
exactement…
Le palais royal de Skhirat serait en vente
Selon des sources dignes de foi, le palais royal de Skhirat va être
vendu et transformé en complexe touristique. C’est l'un
des plus luxueux palais royaux du Maroc, haut lieu de l’histoire
récente du royaume et lieu de villégiature de Hassan II,
qui y séjournait fréquemment. Selon des hommes d’affaires
du monde du tourisme marocain, ainsi que des responsables gouvernementaux,
la "décision de vendre le palais de Skhirat aurait déjà
été prise" par les plus hautes autorités du
pays.
Le palais de Skhirat, au bord de l’océan Atlantique, a
été le théâtre d’un sanglant coup d’Etat
contre Hassan II, en 1971.
En juillet de cette année-là, il y a trente ans, des compagnies
de cadets de l’académie militaire d'Ahermoumou, commandées
par le colonel Ababou, pénétraient dans l’enceinte
du palais et assassinaient froidement des dizaines d’invités
du souverain défunt. Ce dernier échappa de justesse au
massacre.
Par la suite, le monarque y recevra des hôtes de marque, secrètement
ou publiquement. Des décisions importantes pour l’avenir
du pays ont été prises dans ce palais. On raconte même
qu’à la fin des années 80 l’ancien ministre
de l’Intérieur, Driss Basri, négocia avec des envoyés
du Polisario, dont le frère d’El Ouali, Bachir Mustapha,
à l’intérieur du bâtiment royal.
Depuis l’ascension au trône de l’actuel souverain,
Mohammed VI, Skhirat donnait l’impression d’avoir été
abandonné au profit des deux palais de Tétouan et Tanger,
où le roi prend désormais ses quartiers pendant les mois
d’été. Abandonné donc à sa tristesse
et à ses souvenirs sanglants, Skhirat donnait libre cours à
une multitude de rumeurs sur la nécessité ou non de garder
un palais inutilisé. Au Maroc, les palais royaux appartiennent
à l’Etat. C’est Hassan II qui avait pris la décision,
il y a quelques années, de les vendre à l’administration.
Article paru dans “Demain Magazine” le 20 octobre
2001, trouvé sur le site de Courrier international.