Lautresite, le jour, 18 juin 03
 


 

En ce jour du mercredi 18 juin 2003. De la loi de compétence universelle à la loi de compétence strictement personnelle ne se mesure pas seulement la distance entre Bruxelles et Rome mais aussi ce qui sépare les élus des élus. On ne s'expliquera pas mieux là-dessus que Berlusconi lui-même : "La loi est égale pour tous mais pour moi elle est plus égale que pour les autres parce que la majorité des Italiens ont voté pour moi". On ne dit pas grand-chose d'autre dans le bureau ovale de Washington : l'élection participe, pour certains, de l'ontologique tandis que, pour d'autres, elle est plus classiquement issue de la boîte noire des scrutins démocratiques. Il s'agit, bien évidemment, d'une ontologie de type raciste consistant à prendre les gens pour ce qu'ils sont plutôt que pour ce qu'ils font. Aussi bien, par l'importance qu'ils se donnent et par celle qui leur est prêtée, des individus tout seuls ou des peuples entiers s'excluent-ils du droit commun. Il y a quelque temps, la Roumanie prit ainsi l'engagement de ne jamais juger sur son territoire un citoyen américain. Cela fait désormais partie des assurances que prennent certains pays avant de lier relation avec un tiers : c'est un peu comme commander du beau temps permanent, sans doute, mais c'est surtout se croire un peu plus qu'humain et vouloir égaler l'Olympe, ce qui est péché.

La pureté originelle s'est pourtant dissoute dans l'acidité d'une pomme : cela devrait commencer à se savoir. Certains hommes, cependant, sont ramenés à leur condition humaine parce que, précisément, ils ont mordu dans la pomme. Ainsi du journaliste marocain Ali Lmrabet condamné hier à trois ans de prison ferme pour ses articles satiriques parus dans les journaux "Demain Magazine" et "Doumane". Il est, croyons-nous, assez juste de dire, toutefois, que Monsieur Lmrabet paye à la fois ce qu'on lui reproche et ce dont il n'est pas responsable. Car sa condamnation, il ne la doit pas seulement à sa plume mais aussi aux attentats de Casablanca. On devinait, par ces ricochets paradoxaux que savent produire les régimes autoritaires, que les premières victimes de l'après Casablanca seraient les opposants au régime chérifien. On n'a pas mis longtemps pour s'en rendre sûrs. Ali Lmrabet est en grève de la faim depuis le 6 mai dernier. On demande la clémence du roi dont le pouvoir est de nature divine. On tourne avec cela dans sa tête. Se référer aux élus plutôt qu'aux démocrates, voilà à quoi nous nous rendons. On dit bien : "nous nous rendons". Sans honneur.