Lautresite, le jour, 17 juin 03
   

 
Les morts de l'Est, eux, avaient été fusillés, lynchés, exécutés. Et on prononça des peines de réclusion. Le pénitencier de Bautzen était surpeuplé. Tout cela ne s'est su que par la suite. Anna et moi, nous n'avons vu que des projecteurs impuissants. Depuis le secteur occidental, nous avons gardé nos distances. Nous nous aimions beaucoup, nous aimions l'art aussi, et nous n'étions pas des ouvriers qui jetaient des pierres en direction des chars. Mais depuis nous savons que ce combat a lieu en permanence. Il arrive, avec quelques décennies de retard, que les jeteurs de pierres remportent la victoire".

G. Grass, "Mon siècle", Éditions du Seuil, 1999, pp. 181-183. Le 17 juin 1953, des cortèges se forment dans les quartiers périphériques de Berlin-Est et convergent vers le centre-ville. Là, des milliers de manifestants tentent de s'emparer des bâtiments officiels tandis que les portraits accrochés aux murs sont détruits et le drapeau rouge de la porte de Brandebourg brûlé.
Dans les rues, la population réclame la suppression des normes de travail industriel récemment augmentées, la baisse des prix, la démission du gouvernement et la tenue d'élections libres au suffrage secret. Tout d'abord incrédules, les autorités finissent par demander l'aide soviétique. L'état de siège est instauré et deux divisions motorisées soviétiques viennent occuper la ville. Il y aura entre 50 et 125 tués. Le soir, à 21h, le calme est revenu. Le soulèvement ne se limita pas à Berlin-Est, des manifestations se déroulèrent également à Merseburg, à Rostock, Halle, Dresde, Jéna, Bitterfeld et Leipzig. La répression vit 42 personnes condamnées à mort et l'arrestation de 25000 autres. Cette première révolte populaire dans un pays de l'Est a été longtemps interprétée comme une menée contre-révolutionnaire fomentée par l'Occident dans un Berlin où le Mur n'existait pas encore. Le 17 juin est devenu, jusqu'à la réunification, un jour férié pour les Allemands de l'Ouest.