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Les morts de l'Est, eux, avaient été fusillés, lynchés,
exécutés. Et on prononça des peines de réclusion.
Le pénitencier de Bautzen était surpeuplé. Tout cela
ne s'est su que par la suite. Anna et moi, nous n'avons vu que des projecteurs
impuissants. Depuis le secteur occidental, nous avons gardé nos
distances. Nous nous aimions beaucoup, nous aimions l'art aussi, et nous
n'étions pas des ouvriers qui jetaient des pierres en direction
des chars. Mais depuis nous savons que ce combat a lieu en permanence.
Il arrive, avec quelques décennies de retard, que les jeteurs de
pierres remportent la victoire". G. Grass, "Mon siècle", Éditions du Seuil, 1999, pp. 181-183. Le 17 juin 1953, des cortèges se forment dans les quartiers périphériques de Berlin-Est et convergent vers le centre-ville. Là, des milliers de manifestants tentent de s'emparer des bâtiments officiels tandis que les portraits accrochés aux murs sont détruits et le drapeau rouge de la porte de Brandebourg brûlé. |
Dans les rues, la population réclame la suppression des normes
de travail industriel récemment augmentées, la baisse des
prix, la démission du gouvernement et la tenue d'élections
libres au suffrage secret. Tout d'abord incrédules, les autorités
finissent par demander l'aide soviétique. L'état de siège
est instauré et deux divisions motorisées soviétiques
viennent occuper la ville. Il y aura entre 50 et 125 tués. Le soir,
à 21h, le calme est revenu. Le soulèvement ne se limita
pas à Berlin-Est, des manifestations se déroulèrent
également à Merseburg, à Rostock, Halle, Dresde,
Jéna, Bitterfeld et Leipzig. La répression vit 42 personnes
condamnées à mort et l'arrestation de 25000 autres. Cette
première révolte populaire dans un pays de l'Est a été
longtemps interprétée comme une menée contre-révolutionnaire
fomentée par l'Occident dans un Berlin où le Mur n'existait
pas encore. Le 17 juin est devenu, jusqu'à la réunification,
un jour férié pour les Allemands de l'Ouest. |