Lautresite, le jour, 16 juin 03
   

 
LETTRE I, à Mrs Saville, Angleterre, St-Pétersbourg, 11 déc. 17... Vous vous réjouirez d'apprendre que nul désastre n'a accompagné le commencement d'une expédition que vous envisagiez avec appréhension. je suis arrivé ici, hier, et ma première tâche est de rassurer ma chère sœur sur mon excellent état de santé et de lui exprimer ma confiance croissante dans le succès de mon entreprise. je suis déjà fort au nord de Londres, et en marchant dans les rues de St-Pétersbourg, je sens la froide bise du nord cingler mes joues, bander mes nerfs et me combler de délices. Comprenez-vous cette sensation ? Cette bise, qui a voyagé dans les régions vers lesquelles je me dirige, me procure un avant-goût de ces climats glacés. Inspirés par ce vent chargé de promesses, mes rêves deviennent plus fervent et plus ardents. Je m'efforce en vain de me persuader que le pôle est la région de la glace et de la désolation ; il se présente à mon imagination comme un lieu de beauté et de délice. Là, Marguerite, le soleil est toujours visible, son large disque fixé à l'horizon diffuse une splendeur perpétuelle. Là, - (si vous le voulez, ma sœur, je me fierai aux explorateurs qui m'y précédèrent) - la neige et la glace sont bannies, et, naviguant sur une mer calme, nous pouvons voguer vers une terre surpassant en merveilles et en beautés toutes les régions découvertes jusqu'ici sur le globe. Ses produits et ses caractéristiques sont sans pareil, tout comme les phénomènes célestes qui se manifestent dans ces solitudes inconnues.
Que ne peut-on espérer, dans ce pays de l'éternelle lumière ? Peut-être y découvrirais-je le pouvoir merveilleux qui attire l'aiguille aimantée ; peut-être ferais-je par milliers des observations célestes, qui me rendront célèbre à jamais ? Chose qui me semble cependant peu probable. Je satisferai mon ardente curiosité en contemplant une partie inexplorée du monde, et je pourrai fouler une terre où jamais pied humain ne s'est posé. (...) M. Shelley, "Frankenstein ou le Prométhée moderne", première page. C'est un 16 juin, en 1816, dans les environs de Genève : les quelques personnes réunies là s'ennuient un peu. Il y a Lord Byron, le docteur Polidori et les futurs époux Mary et Percy Shelley. Le temps est orageux, on a l'intuition d'un jeu : on écrirait des histoires à faire peur. Mais, comme le signale Mary: "Le temps redevint tout à coup serein et mes deux amis me quittèrent pour une excursion dans les Alpes. Ils perdirent dans les paysages magnifiques tout souvenir de leurs visions fantasmagoriques. Le récit suivant est le seul qui fut complètement terminé". D'où Frankestein. Un soir d'orage, n'importe où, se souvenir de cela : partir à la recherche des manuscrits inachevés…