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Rue Saint-Nicaise, chargée jusqu'à la gueule de paille,
une charrette bloque la voie (1). La gamine Pensol tire le cheval par
le licol et range l’attelage sur la droite. Le bonhomme qui s'éloigne
lui a promis une pièce pour garder la carriole. Houspillé
par son maître impatient, le cocher de Bonaparte, fouette vigoureusement
ses chevaux pour passer l'obstacle. Deux secondes plus tard, une gigantesque
explosion. Deux cent quarente kilos de poudre dissimulés sous la
paille volatilisent la carriole et la jeune fille. Sept autres victimes
trépassent, 60 sont blessées. Plusieurs maisons s'écroulent
et toutes les vitres des Tuileries dégringolent. Pourtant, dans
son carrosse, Napoléon est indemne.
Pour Bonaparte, aucun doute, les jacobins ont fomenté l'attentat.
Dans les jours qui suivent, la répression s’abat sur la gauche
et décapite le mouvement républicain en déportant
130 activistes (hâtivement baptisés « anarchistes »)
aux Seychelles, à Cayenne et en Afrique. Parallèlement aux
représailles, la police reconstitue laborieusement le cheval du
chariot piégé grâce aux morceaux de chairs éparpillés.
À l’issue de ce puzzle sanglant, on diffuse un « portrait
robot » : « jument de trait, sous poil bai, la crinière
usée, la queue en balai, nez de renard, flancs et fesses lavées».
Un marchand se souvient du bourrin et décrit son acheteur : c'est
un nommé Carbon, un chouan. "Mes bonnes gens, c'est pour le
Roi !" gueule encore Carbon à son dernier parterre, avant
d’être guillotiné, affublé de la chemise rouge
des parricides. Aucun doute, l'attentat était commandité
par les royalistes. Bonaparte se fait un devoir de sanctionner. Un coup
à gauche contre les républicains, un coup à droite
contre l'ancien régime. Joyeux Noël et Vive l’Empire,
mademoiselle Pensol. Quel était ton prénom, la môme
? Marianne ?
TK
(1) La rue Saint-Nicaise a disparu dans les travaux de prolongement de
la rue de Rivoli. Elle reliait le Carrousel à la rue Saint-Honoré
et l'Opéra. L'opéra était alors rue Richelieu et
couvrait le terrain de la place Louvois. Aujourd'hui, la rue St-Nicaise
commencerait à la pyramide de verre et se poursuivrait dans la
galerie Richelieu.
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