| En ce jour du lundi 16 juin 2003. Les rues sont des fleuves à traverser, il faut des bouées ou des mains secourables. D'autres tendent de longs rubans entre les balcons, les étages ou les trottoirs : c'est prendre évidemment le mot "lien" au pied de la lettre. Plus exactement, c'est considérer le lien comme une lettre : quelque chose que l'on s'envoie et à quoi l'on répond. Se déroule actuellement à Ixelles, commune bruxelloise, un épisode supplémentaire de ces Parcours citoyens, nés d'une époque où la poignée de mains entre voisins n'était pas encore sponsorisée. Les Parcours ont ouvert des maisons, mangé dans la rue, écrit sur les pavés et lu dans les bars des cafés. Le temps long de la rencontre n'est pas compté : s'il faut plusieurs années de ténacité, hé bien, ils s'entêtent. Aujourd'hui, avant que chacun salue tout le monde et que les rues, donc, "se promènent partout où ça leur plaît", le Parcours ixellois en est à faire le ruban, comme l'on dit en cuisine. Car voilà, ce n'est plus seulement "le quartier" et "les gens", ce sont toutes les sonnettes et tous les prénoms qui se trouvent convoqués : il y a, là-dedans, du beau Babel. Extraits d'un genre de correspondance de rue, choses vues et entednues. 1. Une dame marocaine : "Les araignées vont pouvoir transporter des messages de maisons en maisons". 2. Un Monsieur pakistanais revient chez lui. Il est surpris. Trois rubans partent de son balcon que, sans doute, femmes et enfants avaient tirés durant son absence. Quelqu'un dit : "Vous voilà enrubanné". Réponse : "Non, non, Pakistanais". |
3. Deux voisins se rencontrent
: "C'est vous qui jouez de la trompette le soir ?"... "Bon,
je jouerai moins fort"... Et ben voilà, "ça
sert à quelque chose cette affaire" dit une tierce personne
témoin de la scène. 4. Rue Dillens, une femme marocaine
avec une permanente se prend au jeu : elle descend de son deuxième
étage, y remonte, redescend, etc. C'est du sport. Mais un Kosovar
de la rue Marie-Henriette, fait mieux. Il est au troisième lui.
"Je veux bien faire le lien pour les autres personnes". 5.
"Et combien cela coûte ?" demande quelqu'un bien formaté
par notre pensée dominante. "Ici, Monsieur, l'instrument
de mesure de la valeur des choses, ce n'est pas l'euro, c'est le mètre
de ruban". Il ne sait qu'en penser. D'autres, qui passaient par
là, entendent la bribe de conversation, "c'est génial
de mesurer les rencontres". Le premier reste incrédule.
6. Une autre personne s'exclame après une discussion sur la toile
: "Mais alors, c'est une grande œuvre?". Ce qui nous
amène à cette autre réflexion de quelqu'un qui
réagissait à l'idée "que nous faisions du
Christo". " À la différence près, dit
cette personne, qu'ici je comprends, mais Christo je ne comprends pas".
Voilà, ce n'est jamais qu'une image de ce week-end limpide. Et
tandis que nos amis d'Ixelles enrubannaient leurs rues, nous étions
là à nous réunir pour savoir quoi faire de nos
liens virtuels et de cette toile que l'on appelle lautresite. Limpide
on vous dit. On se bat.
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