Lautresite, le jour, 13 juin 03
 


 

En ce jour du vendredi 13 juin 2003. Voilà comment les choses sont : Sébastien qui revenait de l'église des Minimes où seize Iraniens déboutés du droit d'asile font la grève de la faim, prévint qu'on avait vu sur la Grand-Place le secrétaire d'État Donald Rumsfeld attablé, buvant quelque chose d'indéterminé : on ne voyait pas bien étant donné les gardes du corps. Telle est la relation liminaire que fit Sébastien de son parcours du bas du Sablon (l'église des Minimes) au centre-ville (la Grand-Place), tandis qu'ici, nous en imaginions déjà un autre, celui qui irait vers l'aéroport (une future expulsion par charter ?) en passant devant le siège de l'Otan ( un prochain déménagement par camions ? ) : c'est la même route, elle est droite, elle ne s'embarrasse d'aucune circonvolution. Or donc, l'on vit le même jour (hier) entrer un commissaire général aux réfugiés en l'église des Minimes tandis qu'à la même heure, ou à peu près, l'on entendit un secrétaire d'État américain s'exprimer à la tribune atlantiste. Que dirent-ils ? Pour l'un : "Ces personnes ne risquent pas de persécution dans leur pays d'origine. La majorité des récits sont mensongers, la majorité des documents faux ou falsifiés. Les intéressés utilisent la procédure d'asile pour des motifs d'immigration". Pour l'autre : "Nous sommes préoccupés par les accusations absurdes portées dans ce pays contre le général Franks, le premier président Bush, le général Schwarzkopf, Colin Powell et Dick Cheney.

Si des hauts responsables civils et militaires ne peuvent plus venir au siège de l'Otan à Bruxelles sans risquer de se voir harcelés et de devoir dépenser des sommes folles pour se défendre contre de telles accusations, la Belgique pourra-t-elle continuer à assurer son rôle d'hôte ?". On aura compris que la question de l'hospitalité occupait, hier, tout l'espace public bruxellois et que cet espace s'était expansé subitement de Téhéran à Washington, ce qui n'est pas anodin. "Vous ne pouvez pas rester chez nous parce que vous n'êtes pas corrects", disait l'un. "Nous ne pouvons pas rester chez vous parce que vous n'êtes pas corrects", répondait l'autre. La réglementation sur le droit d'asile et la loi de compétence universelle dialoguèrent ainsi de façon absurde pendant vingt-quatre heures. Au lever du jour, un ministre belge de la Défense convint qu'il faudrait revoir encore cette loi, de façon à ne plus ennuyer personne qui fût démocrate. Au coucher du soleil, ce soir, tandis que le commissaire continuera d'assurer que les Iraniens "ne risquent pas de persécutions dans leur pays d'origine", nous parlerons peut-être bien, attablés sur la Grand-Place, du paradoxe du jour fourni usuellement par notre pays de bonne humeur. "Mais enfin, dira Sébastien, si nous suivons les Etats-Unis pour ce qui est de la compétence universelle, pourquoi ne les croyons-nous pas lorsqu'ils disent que l'Iran fait partie de l'axe du mal ?". Ce soir, je pense bien qu'il nous faudra soûler Sébastien.