| En ce jour du mercredi 11 juin 2003, nous vous proposerions bien d'en revenir au jeudi 6 février dernier. On passera sur l'auto-citation — mais, ici, l'on reprend juste ses mots comme l'on repriserait des bas —, on ne révise pas, non, on donne à relire. Le mercredi 5 février fut le jour de la fameuse session du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur l'Irak. Et nous écrivions alors cela : "Hier s'est ouverte une crise dans la civilisation. C'est au flacon qu'on a vu ça : une burette d'anthrax agitée par Colin Powell au Conseil de sécurité. C'était comme pour le cochon d'Inde, "où seul le d apostrophe est authentique" : la transparence ici était entièrement contenue dans la silice. On doute, bien sûr, que le flacon fût rempli d'anthrax. On se rappelle, aussi, que l'anthrax qui fit quelques morts après le 11 septembre provenait d'un laboratoire des Etats-Unis et circulait en interne. On ne voyait donc pas bien pourquoi Colin Powell agitait son flacon. Ce petit mouvement de la main disait tout de la crise dans la civilisation. Car ce n'était bien entendu pas un flacon car bien entendu c'était une pipe. On voudrait n'avoir pas vu ça, car allez donc vous coucher après cela quand c'est précisément de vous coucher dont il est question". Ce soir-là, c'est peu dire donc qu'on avait mal dormi. Et il faut aujourd'hui se résigner à admettre que le seul anthrax qui fut jamais manipulé lors de la guerre d'Irak l'a été par un Secrétaire d'État américain. |
Alors ce matin, à la radio,
les mots rapportés de Hans Blix — comme quoi il y aurait
à la Maison Blanche "des salopards", des gens prêts
à vous demander tout de go de bien vouloir arranger quelques
petites choses ici et là pour rendre les armes de destruction
plus massives encore — nous ont renvoyés aux rapports falsifiés
d'Enron, aux articles plagiés de Jayson Blair (what's in a name,
décidément?) dans le New York Times, à tous ces
petits arrangements qui semblent tomber comme à Gravelotte sur
la société américaine, sans même qu'on ait
besoin d'évoquer encore Bill Clinton ou Richard Nixon. On pense
alors à la forme ovoïde du bureau de la Maison du Président,
à sa fonction matricielle : on se demande bien comment on peut
obtenir un cercle vertueux avec un ovale mais, tout de même, on
sait que c'est là que cela naît. Dans l'œuf. Et l'on
passe à la réflexion suivante, s'agissant de George Bush
: à savoir si, précisément, dans la bouche d'un
"born again", le mensonge ne ferait pas vertu. Si ce n'est
pas cela, par hasard, qui serait dans l'œuf. On se dit alors que
tout ce temps traversé du 6 février au 11 juin est un
temps de pureté dangereuse et que c'est un sale temps, un temps
de "salopards", un temps "d'assassins" revenus.
Et brusquement, l'on se rend au temps qui reste. On se dit que lautresite
fermera ses portes dans un petit mois et que ça ne rendra peut-être
pas le monde plus vivable pour autant.
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