Lautresite, le jour, 106 juin 03

Hommage

à (Eric) Blair.




Après vos études à Eton College, vous optez pour une carrière dans la police impériale britannique aux Indes. Un choix curieux. Mais cette expérience vous a tellement écœuré que vous l'avez décrite dans "Tragédie birmane".


À Moulmein, en Basse Birmanie, j'étais détesté par un nombre considérable de gens — la première fois de ma vie où je paraissais suffisamment important pour que cela m'arrive. J'étais l'officier sous-divisionnaire de la ville et les sentiments anti-européens étaient très vifs. Je constituais en tant qu'officier une cible évidente que l'on harcelait à chaque fois qu'il n'y avait guère de risques. Au bout de cinq ans, j'en étais venu à détester l'impérialisme que je servais. Il n'était pas possible de faire partie d'un tel système — la jambe d'un coolie indien était souvent plus mince que le bras d'un Anglais — sans comprendre qu'il s'agit d'une injustifiable tyrannie. C'était un monde étouffant, abrutissant, où chaque mot, chaque pensée était l'objet d'une censure. L'amitié elle-même pouvait difficilement exister quand chaque homme blanc était un rouage du despotisme. La liberté de parole était impensable. Les autres libertés étaient permises : être un ivrogne, un inutile, un lâche, un calomniateur, un débauché. Mais vous n'étiez pas libre de penser par vous-même. Votre opinion vous était dictée par vos maîtres occidentaux.