Hommage
à (Eric) Blair.
Après vos études à Eton College, vous optez
pour une carrière dans la police impériale britannique
aux Indes. Un choix curieux. Mais cette expérience vous a tellement
écœuré que vous l'avez décrite dans "Tragédie
birmane".
À Moulmein, en Basse Birmanie, j'étais détesté
par un nombre considérable de gens — la première
fois de ma vie où je paraissais suffisamment important pour que
cela m'arrive. J'étais l'officier sous-divisionnaire de la ville
et les sentiments anti-européens étaient très vifs.
Je constituais en tant qu'officier une cible évidente que l'on
harcelait à chaque fois qu'il n'y avait guère de risques.
Au bout de cinq ans, j'en étais venu à détester
l'impérialisme que je servais. Il n'était pas possible
de faire partie d'un tel système — la jambe d'un coolie
indien était souvent plus mince que le bras d'un Anglais —
sans comprendre qu'il s'agit d'une injustifiable tyrannie. C'était
un monde étouffant, abrutissant, où chaque mot, chaque
pensée était l'objet d'une censure. L'amitié elle-même
pouvait difficilement exister quand chaque homme blanc était
un rouage du despotisme. La liberté de parole était impensable.
Les autres libertés étaient permises : être un ivrogne,
un inutile, un lâche, un calomniateur, un débauché.
Mais vous n'étiez pas libre de penser par vous-même. Votre
opinion vous était dictée par vos maîtres occidentaux.