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"Pour former l'État, une seule chose est nécessaire
: que tout le Pouvoir de décréter appartienne soit à
tous collectivement, soit à quelques-uns, soit à un seul.
Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extrêmement
divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu'il
est impossible que tous opinent pareillement et parlent d'une seule
bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu n'avait renoncé
à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée.
C'est donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il
a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite
nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit
du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une entière
liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler,
pourvu qu'il n'aille pas au-delà de la simple parole ou de l'enseignement,
et qu'il défende son opinion par la Raison seule, non par la
ruse, la colère ou la haine, ni dans l'intention de changer quoi
que ce soit dans l'État de l'autorité de son propre décret."
Spinoza, Traité théologico-politique, chap. XX. |
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