Lautresite, le jour, 5 juin 03


Les 5 et 6 juin 1832, sous la monarchie de juillet, éclatent à Paris de violentes manifestations lors des obsèques du général Lamarque, un des chefs de l'opposition libérale. Après avoir repris la place des Victoires, le quartier Montmartre et le faubourg Saint-Antoine, la garde nationale massacrera en grande partie les émeutiers républicains retranchés rue du cloître Saint-Merry. Ce que nous donnons à lire ici est une confrontation entre deux écrits de Victor Hugo sur cet événement.

Le premier se situe dans le réel de la "chose vue". Les commentaires sont courts et assassins. C'est l'œuvre d'un jeune chroniqueur passionnant de 30 ans. Le second est issu de la fiction, le moment de bravoure des "Misérables". C'est curieusement bien plus journalistique, plus proche du terrain, c'est du vrai reportage. L'homme a vieilli. Entre le moment où l'on enterra le général Lamarque et celui où Hugo publia "Les Misérables", il se passera 30 années.
 

"Émeute du convoi de Lamarque.
Folies noyées dans le sang. Nous aurons un jour une république, et, quand elle viendra d'elle-même, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera mûr qu'en juillet ; sachons attendre. La république proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rouge notre drapeau. Il ne faut pas qu'un ..., vendu il y a un an à la quasi-censure dramatique de M. Argout, clabaude à présent en plein café qu'il va fondre des balles. Il ne faut pas qu'un Fontan, à qui M. de Montalivet donnait des billets de mille francs de la main à la main en 1831, annonce aujourd'hui en plein cabaret, pour la fin du mois, quatre belles guillotines permanentes dans les quatre maîtresses places de Paris. Ces gens-là font reculer l'idée politique, qui avancerait sans eux. Ils effraient l'honnête bourgeois qui devient féroce du contrecoup. Ils font de la république un épouvantail. 93 est un triste asticot. Messieurs, parlons un peu moins de Robespierre et un peu plus de Washington". V. Hugo, "Choses vues", Quarto Gallimard, 2002, p. 76.