Lautresite, le jour, 5 juin 03
 


 

En ce jour du jeudi 5 juin 2003 Voilà que l'on mendie dans les rues de mon pays de bonne humeur pour se payer des avocats. Après les Russo, voilà que les Marchal — une autre de ces familles d'enfants retrouvés morts dans les jardins de Dutroux — licencient leurs conseils. Trop chers, impayables — et de plus, disent les Russo, parfaitement dispensables dans l'état de préparation d'un procès qu'ils estiment déjà pipé. Un peu partout dans nos villages et nos villes, on y va de la sébile. Des gens ouvrent des comptes bancaires et s'en vont quémander la pièce ou le billet. Comme le dit Victor Hissel, avocat, dont les frais du cabinet se montent à 250.000 euros pour assurer le procès : "On n'a pas demandé un franc (sic) à M. Marchal. On lui a demandé d'envisager des modalités de financement alternatif. Ce qui est d'ailleurs en train de se faire spontanément". On adore particulièrement ici ce qui fait passer les mots pour des choses molles et inconséquentes, la manière dont on les travaille pour rendre admissible leur sens souvent bien cruel. Le financement alternatif est à la mendicité ce que le technicien de surface est à la femme de charges. Comment appelle-t-on un tableau de bord en loupe de noyer en langage d'avocat ? Un décor intérieur de moyen de transport individuel respectueux de l'environnement ? Cela paraît un peu poujadiste, avouons.

Mais tout de même, s'en remettre à la charité publique pour honorer ses frais, prévoir même cette éventualité et disons-le, l'anticiper lucidement, ce n'est pas autre chose que de la vulgarité bien ordonnée qui, comme chacun sait, commence par soi-même. On en veut à beaucoup de gens lorsque l'on voit des jeunes garçons parcourir les boulevards à la recherche d'argent frais pour financer des procès. À la justice bien sûr et tout d'abord, dont le prix des photocopies de dossier ne souffre d'aucune compassion. Au gouvernement, ensuite, qui a réfléchi à un système de mutualisme pour les "usagers" des tribunaux, soit, mais qui viendra trop tard. Aux compagnies d'assurances qui se frottent les mains à l'évocation d'un nouveau marché porteur. Et l'on s'en veut aussi à nous-mêmes, rendus à être charitables pour que la justice passe et donc parfaitement diminués dans notre rôle de citoyens, victimisés même, avilis sûrement. À Mons, des prolétaires dont un incendie criminel a brûlé le HLM en y laissant des morts, voilà quelques mois, veulent se porter partie civile. Ils ont déposé des troncs dans les magasins du quartier pour assumer les frais de justice. Je dis cela, je ne dis rien, mais lorsque la charité remplace la solidarité, il est peut-être temps de descendre dans la rue autrement que pour y faire la manche.