| En ce jour du mardi 3 juin 2003 En ces temps où tout le monde, G8 ou OTAN, se réconcilie avec tout le monde, cherchons ce qui fait rupture. Ce pourrait être en France, ces grèves répétées que nous regardons d'ici avec curiosité. Car enfin, là où le gouvernement Raffarin veut mener les Français, nous y sommes déjà et depuis longtemps, sans qu'il y ait eu de débat dont l'on se souvienne — je veux dire, par exemple, âprement disputé dans la rue. Nos retraites sont plus courtes que les vôtres, notre enseignement est, depuis belle lurette, décentralisé. Il y a bien longtemps que nous ne sommes plus un État nation et vous aurez noté que ne vivons pas en république. De sorte que, ne serait cette réserve pour votre gouvernement de pantalons plissés, on vous gourmanderait bien un peu, c'est-à-dire que l'on vous envierait presque de pouvoir encore descendre des boulevards et bloquer des carrefours. Car voyez-vous, nous sommes quant à nous des peuples terriblement zen, absolument prêts à vivre les crises sociales comme des sitcoms médiatiques, quitte, comme pour la Sabena, à acheter pour finir quelques objets de merchandising qui nous rappelleraient le feuilleton. Vous ne me croyez pas ? Mais si, on a licencié gros à la Sabena — quoi 8.000 emplois ? — pour finir en salle des ventes avec un commissaire-priseur négociant au mieux les modèles réduits de petits avions. |
Vous l'auriez fait ça, vous
qui jetez les cadeaux que l'on vous faits, le livre de Luc Ferry par
exemple ? Ce que, je dois vous le dire, nous ne trouvons pas bien malin,
vu d'ici: on vous préférerait en pédagogues grecs
anciens, faisant classe dans la rue, ça s'est déjà
vu, ça devrait se revoir. Mais non, vous faites même grève
par anticipation, appliquant là le principe de précaution
qui vaut pour les poulets ou les organismes génétiquement
modifiés, parce que en définitive vous faites du temps
de travail une question de santé publique. Vous savez que vous
mourrez statistiquement plus tard et n'avez pas envie d'arriver décatis
au moment de cultiver votre potager avec de vieux copains. D'autant
que vous avez compris qu'il devient plus difficile d'aligner une vie
complète de travail que de toucher le tiercé dans l'ordre
et que vous n'avez pas envie de finir dans un loft ou sur une île
pour vous faire une carrière. Alors, disons-le, notre grande
curiosité pour vos grèves sectorielles se mue progressivement
en intérêt croissant. Mais seulement, et cela reste notre
parfait étonnement, on n'entend pas vos chômeurs. Ils sont
passés où vos chômeurs ? Vous les avez décentralisés
?
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