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"Je jugeai que le seul moyen que j'avais d'éviter d'être
jeté par terre était de faire un grand saut si juste que
le chien passât sous moi tandis que je serais en l'air." Saleté
de réalité, un tas de principes physiques malmènent
rapidement le fantasme de ninja : "Cette idée plus prompte
que l'éclair et que je n'eus le temps ni de raisonner ni d'exécuter
fut la dernière avant mon accident". Il est tombé
par terre, le nez sur le pavé : "Je voyais couler mon
sang comme j'aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce
sang m'appartînt en aucune sorte". Rue Oberkampf, ce chemin
qui redescend de la colline vers Paris, Rousseau va longtemps rester évanoui
et reprenant ses esprits, il lui faut quelques minutes pour se souvenir
où il est et où il habite.
Pas d'ITT (incapacité temporaire de travail), le philosophe se
remettra à la rédaction de ses "Rêveries d'un
promeneur solitaire" où il relate l'accident. Pas de constat,
non plus, le carrosse ne s'est pas arrêté et c'est dommage
: ils auraient eu à s'en raconter ces deux-là. Entre Louis-Michel
le Peletier de Saint-Fargeau, 16 ans (un sacré bon bougre qui proposera,
sous la Révolution française, l'abolition de la peine de
mort et un système d'éducation pour tous, financé
par des taxes sur les plus riches), et Jean-Jacques Rousseau, 64 ans,
impitoyable pourfendeur des perversions sociales, le dialogue eût
été riche. Et, sans sombrer dans la nostalgie, les faits
divers d'antan avaient tout de même une autre allure que les nôtres…
Illustration: "Le petit buveur", toile de Jouy (en Josace),
Christophe Philippe Oberkampf y fonda la fabrique royale de toiles imprimées.
T K
La série de Thierry Kübler paraît de façon hebdomadaire. |
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