Lautresite, le jour, 2 juin 03
   

 
À lire l'opuscule nazi, "même des peuplades sans culture n'avaient jamais agi de cette manière à l'égard des femmes et des enfants". Et de citer le cas des "sauvages Héréro et des cruels Hottentots" : "Quand ils se soulevèrent, ils tuèrent des centaines de fermiers. Mais dans cette boucherie, ils ne s'en prirent pas aux femmes et aux enfants, alors qu'ils étaient pourtant des sauvages." Bref, à en croire la propagande nazie, les Britanniques se révélèrent en Afrique du Sud plus barbares encore que les pires sauvages. L'ouvrage est d'autant plus intéressant qu'il n'hésite pas à comparer les camps britanniques aux camps nazis. Ceux-ci ne souffrent aucune comparaison avec ceux-là : y sont internés "uniquement des malfaiteurs, des politiques, des alcooliques, des gens qui ont violé une loi bien précise et non des femmes, des enfants et des vieillards". Les conditions de vie y sont d'ailleurs incomparablement meilleures : "Dans nos camps, le nombre de décès n'atteint pas même une fraction du taux de mortalité des camps britanniques. Dans nos camps, on ne trouvera pas 26000 femmes et enfants décédés." Cette utilisation des camps anglais par la propagande nazie est remarquable non seulement parce qu'au même moment les nazis développaient un système concentrationnaire autrement plus efficace et meurtrier, mais aussi parce qu'elle masque, tout en l'évoquant, le drame des Héréro. Car si les Héréro se refusèrent, en effet, à tuer les femmes et les enfants des fermiers blancs allemands du Sud-Ouest africain, l'armée impériale choisit, elle, d'exterminer tous les Héréro, femmes et enfants compris".




In J. Kotek, P. Rigoulot, "Le siècle des camps", J C Lattès, 2000. Le 31 mai 1902 s'achevait en Afrique du Sud la guerre des Boers, conflit qui vit le recours massif aux camps de concentration. Les autorités britanniques, jugeant irrégulière la manière dont les Boers conduisaient les hostilités en enrôlant dans leur guérilla "les habitants non volontaires et pacifiques", optent pour l'internement des populations civiles. Dès 1900, plusieurs camps sont ouverts, ils seront au total près de cinquante-huit. On estime à cent seize mille le nombre de personnes internées dont une majorité de femmes et d'enfants. Au cours de leur emprisonnement, de vingt à vingt-huit mille civils décèderont, chiffre bien supérieur aux victimes directes de la guerre. Ces très importantes pertes sont surtout dues à l'improvisation et à l'impréparation des Britanniques ainsi qu'aux piètres conditions climatiques et sanitaires.