Lautresite, le jour, 2 juin 03

"Peut-on qualifier les camps sud-africains de "camps de concentration" ? Oui, mais dans la seule mesure où ce furent les Britanniques eux-mêmes qui usèrent de cette qualification. Il n'en reste pas moins que les "camps boers" ne s'apparentent en rien aux camps nazis ou soviétiques. Leur fonction, faut-il le rappeler, fut bien d'isoler temporairement les civils : il ne fut pas plus question de les éliminer que de les faire travailler. À la décharge des Britanniques, on relèvera encore le caractère poreux de l'enfermement : des autorisations de sortie étaient en effet, régulièrement accordées aux civils boers. Bref, nous sommes très loin des camps totalitaires, marqués du sceau du secret et, surtout peu sensibles aux rappels aux droits de l'homme, quoi qu'en aient prétendu les nazis. Que les nazis insistèrent sur la paternité britannique des camps de concentration ne fait aucun doute ; il suffit de se rappeler le discours d'Hitler du 30 janvier 1941 au Palais des Sports de Berlin. Ils en firent même un point central de leur propagande. Ainsi dans un tract destiné à l'opinion publique française, lit-on que les "camps de reconcentration" avaient été inventés par l'Angleterre en 1900 comme... "moyen d'exterminer les peuples subjugués". Huit mois durant, précisait-on, "de juillet 1901 à février 1902, on logea en moyenne 115 000 femmes et 55 000 enfants de moins de douze ans dans ces camps". Appelant les Français à s'indigner, le texte insistait sur la "brutalité inouïe" des Anglais, assassinant, violant les femmes, brûlant les fermes et les vergers et même "moyen encore plus indigne : ameutant et armant les Noirs". (...) Tout fut mis en œuvre pour accuser les Britanniques des pires atrocités. En témoigne encore ce curieux ouvrage, Les camps de concentration, publié à Munich en 1940, aux éditions du NSDAP. Le propos de cet ouvrage est clair : démontrer à travers le destin tragique d'une famille boer assassinée en camp de concentration le caractère fondamentalement criminel des Britanniques. (...)