| En ce jour du lundi 2 juin 2003. Puisque une revue est ce qui se revoit, revoyons. Dans quelques jours, il est possible que nous puissions nous faire une deuxième impression sur la guerre d'Irak : les discussions de Charm el-Cheikh et de Aqaba diront si l'on peut construire du réel sur les ruines du mensonge et de la contre vérité. Car, à vrai dire, s'agissant des raisons proclamées de l'entrée en guerre, nous n'avons rien ou si peu : les armes de destruction massives et les liens entre le régime baasiste et le réseau Al Qaida restent à ce jour une pure fiction. Seul ce qui était induit dans cette volonté d'intervention s'est produit : la chute de Saddam qui aurait dû nous réjouir plus qu'elle ne l'a fait, embarrassée qu'elle a été par cette éternelle question déontologique, celle-là même qui est afférente, eh oui, aux fins et aux moyens. Car enfin, il y a eu beaucoup d'œufs dans cette omelette-là, et pas mal de couleuvres qu'il nous a fallu avaler avec. Aussi bien, s'il se trouvait que les négociations du début de cette semaine menaient à des réelles évolutions praticables entre Palestine et Israël, serions-nous entraînés, une nouvelle fois, à tenir de mêmes positions extrêmement inconfortables. À la joie de l'avancée vers une résolution se mêlerait, à n'en pas douter, l'amertume de la reddition à une real-politik que l'on avait cru pourtant mettre à distance. Ce que nous ferons de cette considération morale que, bon an mal an, nous continuons de conférer au métier de la politique — fût-elle internationale — devra faire l'objet d'une autre tractation, presque individuelle celle-là. |
Car, bien entendu, nous aurions
alors à mettre en cause nos agissements et nos interrogations
intimes mêmes et à décider à quelles conditions
ces particules d'intimités mêlées continueraient
de former, comme nous le disions voilà quelques jours, un espace
public. Autrement dit et pour se répéter encore : quelle
transmission du bien commun après la banalisation de la manœuvre
politique ? La soumission au syndrome de la réalité surpuissante
— peut-être bien le double de cette main invisible que l'on
évoque dans les marchés — atteint dans un autre
ordre d'idées, mais le même en fait, le mouvement écolo
belge qui revient sur ses positions en matière d'interdiction
de publicité sur le tabac qui avaient mené à la
disparition du Grand prix de formule un de Francorchamps. Aujourd'hui
que les Verts sont réduits à la portion congrue et que
la sanction de la rue fut plus cinglante qu'une gifle, voilà
qu'ils concèdent à la réalité l'idée
d'une révision de la loi, permettant dès lors le retour
de Michael Schumacher et de son cigarettier, en Ardenne, dès
2004. Ce qui se revoit est, décidément, ce que se révise.
Et nous voyons bien que, tous, bon gré mal gré, nous nous
rendons à ces "révisions déchirantes".
Que ces révisions ne soient pas révisionnistes restera
cependant notre combat.
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