Lautresite, le jour, 28 mai 03
 


 

En ce jour du vendredi 30 mai 2003. Lausannemasse et Genévian, voyez-vous tout ce qui se passe autour du Léman ? Quand les commerçants ferment boutique et les obturent au moment où les patrons de la planète vont tenir forum, on se dit que quelque chose ne va décidément pas dans la confiance mondiale. On a mis des hommes sous l'eau, des bateaux dessus, des rampes de missiles sur les buttes, des Awacs dans le ciel, des chevaux de frise un peu partout et des barrières ailleurs, et on ne dit rien des hélicoptères qui énervent tellement les manifestants, présence ronronnante et tournoyante rappelant que l'ordre du monde ne serait rien d'autre, finalement, qu'une injonction persuasive et obsessionnelle : quelque chose d'immanent et d'intrinsèque qui nous passe totalement par-dessus la tête. Sur quoi, l'homme de l'épicerie qu'il ne faut décidément pas confondre avec l'homme de la rue se calfeutre chez lui avec ses réserves de nourriture, ses cigarettes et son tiercé (cette affichette dans un "tabac" d'Annemasse appelant le distrait à faire des provisions de tout et à remplir illico son bulletin de loto, et demain c'est la journée mondiale anti-tabac, non mais quoi !). Dans cet univers pré-concentrationnaire, le gouvernement américain signale par ailleurs qu'il a bien lu Foucault et qu'il s'agit donc en effet de surveiller la Russie, de punir la France et d'ignorer l'Allemagne.

Le G8 qui n'est jamais, à tout prendre, qu'un G7+1 (la Russie endossant ici le rôle de la France au Conseil de sécurité, rattrapée de justesse par la manche), se passera donc dans ce no man's land militarisé et il y a tout à craindre de notre assuétude devant cette violence institutionnelle, mise en place et en scène par les gouvernements contre leurs citoyens mêmes. Cela nous renvoie au récent rapport d'Amnesty International : à ces déports acceptés, revendiqués aussi, en matière de surveillance, de contrôle et de criminalisation de toutes ces choses qui, hier encore, nous paraissaient chevillées. Ainsi donc nous retrouvons donc peu à sourciller devant ce déploiement de force, et peu à nous étonner de la mise à égalité, en équation également, de l'altermondialisme et du terrorisme. Il nous aura fallu quoi — deux ans à peine ? —pour nous y habituer. Car, en vérité, pour qui sont ces missiles qui sifflent sur nos têtes ? On a déjà dit ici, ce qui nous sépare des altermondialistes, et ce n'est pas rien. Mais il ne peut, à aucun moment, se passer que la contestation soit un crime. Quitte à rappeler pour cela les mânes de François-Marie Arouet, dit Voltaire, qui fut, apprenons-le à qui l'aurait oublié, un très fameux voisin de ce lac Léman-là. Peut-on être un très ancien voisin et un fort nouveau contemporain ? Souhaitons-nous que oui.