Lautresite, le jour, 27 mai 03





"Le premier tour du scrutin eut lieu le 26 avril 1936.
Le Front populaire était présent partout. Le 27 avril son succès ne faisait aucun doute. On aurait un gouvernement Léon Blum dans quelques semaines. Cette perspective représentait pour des millions de Français la sortie proche d'un tunnel. Les ouvriers étaient plus attentifs que les autres à ce nouvel horizon. Jusqu'alors ils s'étaient battus contre le patronat et contre l'Etat. Demain l'Etat serait peut être favorable aux revendications ouvrières, ce qu'on n'avait pas encore vu depuis qu'il y avait une république. Aussi n'est il pas étonnant que des hommes plus hardis que d'autres, plus impatients ou plus menacés, aient déclenché des grèves à partir du 27 avril. Renault suivit et après le 3 mai ce fut l'avalanche. Pour montrer leur force, les ouvriers occupèrent les usines. Cette tactique avait déjà été employée hors de France. L’aventure amplifiait l'acfion. La CGT récemment unifiée fut la première surprise. Des grèves éclataient dans des usines où il n'y avait pas de section syndicale. Les fédérations et les syndicats furent débordés. Tous les militants disponibles étant employés à contrôler les grèves, à engager la discussion avec les patrons, on fit appel aux responsables politiques, à tous ceux qui avaient un peu la pratique du syndicalisme. Il fallait essayer d'encadrer ces grèves sauvages, établir des listes cohérentes de revendications. Il y avait une sorte d'accélération dans les débrayages. Les ouvriers étaient heureux de pouvoir réclamer dans la légalité sans craindre les renvois ni les "jaunes". L’occupation de l'usine était une garantie et une revanche. "Nous sommes chez nous", entendait on dire. Mais la plupart des grévistes étaient maladroits dans le maniement de cette arme.



Les cahiers de revendications s'établissaient difficilement en dehors de l'aide des syndicalistes professionnels. J'étais connu des socialistes et des communistes j'avais été de tous les comités de Front unique, j'étais un des fondateurs du comité de Front populaire. Les militants et les sympathisants vinrent me chercher tous les jours, faute de mieux, parce qu'on avait arrêté le travail ici ou là. Je me rendis chez Lebaudy Sommier, chez Barbier, Bernard et Turenne, dans une usine d'abrasifs, ailleurs encore. J'aidais les ouvriers à constituer leurs comités de grève, à organiser l'occupation des usines; j'essayais de les mettre en rapport avec le syndicat compétent. Il fallait aussi haranguer les masses pour maintenir un bon moral . j’arrivais matin et soir en retard à mon bureau. Dans l'euphorie générale, je décidai de porter le mal à toutes les usines de l'arrondissement. J'intervins de la manière la plus directe en me présentant dans les établissements, en réunissant d'autorité les ouvriers sur le tas et en faisant voter la grève. Agents de maîtrise, directeurs et patrons ne savaient plus où ils en étaient. Ils m'aidaient parfois à rassembler leur personnel. Je n'étais d'ailleurs pas commode." (...) André Thirion, in "Révolutionnaires sans révolution", Babel, Actes Sud, 1999. Mardi 27 mai 2003, nouvelle journée de bras de fer dans la lutte opposant secteur public et enseignants au gouvernement Raffarin. Au cœur du conflit, la question des retraites et celle de la décentralisation. Au "nous irons jusqu'au bout" du chef de l'État", les syndicats opposent la menace de la "grève générale". Le 27 mai 1936, la grève en France était, de fait, générale.