Lautresite, le jour, 26 mai 03







Hormis un livre épatant (1), l'histoire n'a pas retenu le nom de ce fier représentant de tous les hurluberlus qui peuplent Montmartre. Pourtant, Braindibourg préconise dans son programme des mesures de salubrité publique dont "la libération des ballons captifs et un impôt sur la bêtise humaine". De quoi devenir riche, assurément. En attendant, l'un de ses amis, le peintre Vlamink, raconte dans ses souvenirs qu'un dîner chez Braindebourg relève plus du devoir d'amitié que de la communion gastronomique : "Il versa les lardons dans une casserole remplie de lentille et remua le tout avec son sexe qu'il avait sorti de sa culotte (..). Servez-vous, dit-il en s'asseyant sur une chaise. Sa cuisine ne nous disait plus grand-chose. [Ce que vous pouvez être bourgeois], dit Braindebourg d'un air méprisant" .
Dans ses affiches, Braindibourg exige également (et n'a-t-il pas raison, cet homme ?) "la suppression des trous dans le gruyère". Vertigineux concept que celui du trou, Braindibourg l'a longuement exploré, jusqu'à élaborer une "philosophie du trou" : "on vient au monde par un trou, on respire par un trou, on se nourrit par un trou, on disparaît dans un trou". L'original ne sera pas élu; passé le petit monde des allumés de Montmartre, une sale affaire agite la France, lors de ces élections : un certain capitaine Dreyfus est au trou.




(1) : "La vie quotidienne à Montmartre au temps de Picasso", Jean-Paul Crespelle, Hachette éditeur.

T K
La série de Thierry Kübler paraît de façon hebdomadaire.