Lautresite, le jour, 23 mai 03
 


 

En ce jour du vendredi 23 mai 2003. Dernièrement, le directeur du Parc d'aventures scientifiques "Le Pass", à Frameries, près de Mons, Belgique (architecture de Jean Nouvel sur friche minière), faisait savoir que devant le déficit récurrent de l'institution et le manque criant de public, on allait abandonner la complexité et s'orienter vers le ludique. Hier, un ministre communautaire écolo (d'une des entités fédérées du Royaume donc, et n'ayant pas été, de ce fait, l'objet du dernier scrutin électoral), commentant la défaite de son parti, concédait qu'il faudrait désormais retourner chez "les gens et leurs boudins-compotes". Aujourd'hui encore, un autre écologiste, ancien député, déclare qu'il s'agit dorénavant pour les Verts "d'arrêter (notre) discours trop intellectuel et trop éloigné des gens". On aura compris ici que, sur les terres belges, à l'occasion de revers financiers ou électoraux, la complexité est devenue l'ennemie de la proximité. Bien entendu, la "complexité" dont il est question ici s'appelle plutôt "complication" et l'on souhaiterait, tant qu'à paraître "intellectuel", que l'on aille de temps en temps se ressourcer chez Morin. Et l'on aura bien enregistré, également, que la "proximité" dont il est désormais question rime plutôt avec "promiscuité" et que l'on s'y rend comme à Canossa ou aux fourches caudines. Car voilà bien comment sont les gens : ils aiment les jeux et le boudin compote, mais sont absolument rétifs aux discours sérieux et spéculatifs.

Qu'il soit public ou électeur, le peuple est décidément toujours décevant. Et comme il est démoralisant, lorsque l'on fait de la politique ou du socioculturel, d'avoir affaire au peuple, qu'il soit public ou électeur.Rassurons les directeurs, les ministres ou les anciens députés : les gens n'ont pas toujours raison, Van Gogh avait un très maigre public (une seule toile vendue de son vivant ; à Anna Boch, de La Louvière, pas loin de Mons, Belgique, 7,2% d'extrême droite aux dernières fédérales) et Hitler a fini par être élu, comme on sait (se reporter à l'édition spéciale de lautresite, en février dernier). Bon, d'accord, ces arguments sont éculés, mais c'était pour dire et faire œuvre utile. Car la question reste, quand même, de savoir si l'on peut se rendre réellement à la rencontre de quelqu'un que l'on n'aime pas ou que l'on méprise ? Et si véritablement, l'on peut se faire comprendre sans désir ? C'est lorsqu'une déception n'engendre pas du rêve que naît la vraie défaite. Nous allons vivre, ces prochains mois, sous la menace de l'extrême droite et dans l'effroi de la récession. Et là, il s'agira vraiment d'inventer, de créer, d'imaginer, de rêver — oui, de rêver — pour transformer ce plomb en or. Faute de quoi, ce sera boudin compote pour tout le monde. Il y a une phrase de Marcel Pagnol — oui, Marcel Pagnol — : "Les gens ne sont jamais surpris que par ce qu'ils attendent". Ce ne serait pas un peu ça, la complexité de la proximité ?