Lautresite, le jour, 22 mai 03



Mai 2003, mois où le gouvernement Raffarin tente péniblement d'imposer une réforme des retraites, où les rues de France, à défaut de gouverner, sont parcourues en tous sens pour dire non, nous nous souvenons du 22 mai 1946. Il y a aujourd'hui cinquante-sept ans, Ambroise Croizat, ministre communiste du Travail dans le gouvernement provisoire dirigé par De Gaulle, fait adopter une loi généralisant la sécurité sociale à l'ensemble de la population française. Parmi les nouveaux acquis : l'assurance vieillesse. Celle-ci suppose l'édification d'un système de retraite unifié. La création d'un organisme national unique se heurte pourtant rapidement aux particularismes socioprofessionnels. Patronat, professions libérales, commerçants, artisans et exploitants agricoles combattent puis rejettent un système qui les réduits, selon eux, à l'état de fonctionnaire. L'unification souhaitée par le législateur ne se réalise pas. Les régimes spéciaux fonctionnant sur base socio-professionnelle ou d'entreprise se maintiendront et se renforceront même (SNCF, mines, Banque de France, Opéra,....). Les travailleurs non salariés obtiendront, quant à eux, la création de régimes autonomes. Une multitude de caisses professionnelles indépendantes voient le jour, tolérées sous réserve d'assurer au moins la même couverture que celle découlant du régime général. Les modalités d'organisation des régimes de retraite varient selon le secteur d'activité, mais comprennent généralement un régime de base et un régime complémentaire. En 1948, se mettent également en place la Caisse nationale d'assurance maladie, la Caisse nationale d'allocations familiales ainsi que les Assedic. Au cours des années 1970, le système des retraites connaît une évolution continue vers une harmonisation des conditions des retraités. En 1999, on estimait que le régime des salariés du secteur privé couvrait près de 70% des actifs, les régimes spéciaux des salariés du secteur public et des non-salariés représentant respectivement 20% et 10% des actifs. Mai 2003, rien ne va plus. Il y aurait trop de retraités, les actifs seraient de moins en moins nombreux et la vie serait devenue trop longue. Le gouvernement français se dit déterminé : "La nouvelle retraite sera un nouveau bonheur social", "la nouvelle retraite, c'est de la vie en plus de la vie".