Lautresite, le jour, 20 mai 03
 


 

En ce jour du mardi 20 mai 2003. Si l'on se demande ce qui a changé aussi à l'issue de ces élections belges de dimanche, on répondra qu'un voyagiste aéronautique a promis des tickets gratuits à qui viendrait voter en maillot ou en bikini. Ici et là, l'on a donc vu des messieurs et des dames suffisamment nus pour prétendre à des vacances. Pour un communicateur de vols aériens (sic) à bas prix, un jour d'élection n'est jamais qu'un happening. C'est une occasion en or qui revient moins cher qu'une campagne d'affichage et est moins onéreuse que des spots télévisés : répandez le bruit par SMS, la presse amplifiera gratuitement ce qui passe allègrement pour un clin d'œil quand il s'agit, pour dire le vrai, de la marchandisation d'un acte citoyen obligatoire et, de fait, gratuit. Le FN n'a pas agi différemment, lui qui n'a mené aucune campagne, bien incapable de tenir débat, chiche en affiches, et pour tout dire parfaitement absent. Les élections de dimanche furent, pour lui aussi, une manière de faire savoir que le débat public est dispensable, que l'on peut tenir une consultation démocratique pour pur événement et que, finalement, le moment du choix porte en lui sa propre disqualification. Les marchands et l'extrême droite remercient donc le système démocratique qui leur permet de réunir autant de gens au même moment dans un minimum d'endroits.

L'électeur est un public captif : on peut travailler sur la masse, on trouvera bien quelques imbéciles pour venir en maillot et d'autres pour noircir le scrutin, parfois les mêmes. Si je dis ici "imbéciles", c'est que je n'ai plus du tout envie de partager cette antienne du vote protestataire. Il y a quelques années, c'est vrai, l'on pouvait aller ici et là, répétant comme dans la Bible "qu'ils ne savent pas ce qu'ils font". Je ne considère pas ces imbéciles comme suffisamment imbéciles pour douter qu'ils sachent désormais (après Le Pen, Haider, Fortuyn ou Bossi quand même) ce qu'ils font lorsqu'ils apportent leur soutien à l'extrême droite. Même si, après tout —dans un autre ordre d'idées, mais le même —, il existe bien encore des hommes politiques qui estiment que le terrorisme de Al Qaida est lié à la pauvreté dans le monde. Aussi bien, la réponse à ce vote — 18, 1% en Flandre, 5,6% en Wallonie — demandera-t-elle à s'architecturer sur autre chose que les trois piliers habituels que sont le sécuritaire, la sensibilisation et le clientélisme, autrefois dénommé "retour au terrain". Le drame, c'est qu'il ne reste qu'une seule année. En juin 2004, tout nu ou pas, nous repasserons dans les isoloirs pour les "régionales". Une courte, mais désormais pensable, montée de l'extrême droite à Bruxelles bloquerait le pays.